Page:Pierquin - Le Poème anglo-saxon de Beowulf.djvu/42

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par deux frères, Hengest et Hors; que leurs armes étaient portées par trois vaisseaux ; que l’armée était composée de Jutes, de Saxons et d’Angles; que les succès de ces pionniers tentèrent d’autres hommes de leur pays ; et qu’avec le temps, leurs migrations continuelles vers l’Angleterre, firent du désert de l’Anglia,le berceau de leur race[1].

Telle était au viiie siècle, la tradition courante sur les victoires des Saxons. En ces temps reculés dont l’histoire restera toujours imparfaitement connue, il est constant que des changements incessants s’opéraient dans la situation et dans la condition des tribus diverses qui peuplaient les régions du Nord de l’Europe. Ce n’étaient que migrations slaves, celtes ou teutones, et pendant des siècles il y eut, à travers le monde, ce que les Germains appelèrent, les courses errantes des nations. Pendant une suite de générations, les tribus, des parties mêmes de tribus, se déplaçaient sous l’empire de la nécessité ; des noms de chefs se sont perdus ; des guerres, des séditions, des conquêtes, la formation solennelle ou la dissolution de tribus confédérées, ont pu remplir, sans laisser de vestiges, les siècles qui s’écoulèrent entre le premier établissement des Teutons en Germanie, et leur apparition véritable dans l’histoire, alors qu’ils se dressent, menaçants, devant Rome. Les lais héroïques peuvent bien garder quelques traces de ces événements[2] ; mais le détail de ces révolutions nous demeure inconnu, et sans posséder d’annales écrites, et s’en référant aux seules œuvres des poètes, l’historien ne peut se perdre souvent qu’en conjectures. Toutefois, çà et là, voit-on se marquer par intervalles des évolutions lentes, des luttes puissantes et des révolutions profondes, jusqu’à ce que le colosse ger-

  1. Beda, Hist. Eccl., I, 14, 15  : Gildas, Hist., 14 ; Nennius, Hist. 38.
  2. « Celebrant carminibus antiquis, quod unum apud illos memoriæ lannalium genus est. » Tacit., Mor. Germ, cap. II.