Page:Pierquin - Le Poème anglo-saxon de Beowulf.djvu/63

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tutélaire des Marches, avec Tiw et Frea[1]. De quelque manière que la Marche ait été primitivement tracée, elle se distinguait par tout un détail de marques et de signes. Des arbres remarquables par leur beauté et leur hauteur, étaient chargés de figures de bêtes et d’oiseaux, et même de caractères runiques[2]. Parfois, une colline, un cours d’eau, un marais, le tombeau d’un antique guerrier avertissait le voyageur de ne point approcher de ce terrain dangereux. On fichait des perches dans les sols marécageux, et il était aussi criminel de les arracher, que de planter la hache dans les arbres-frontières de la forêt.

Dans la seconde acception du mot, la Marche est la communauté de familles ou de clans établis sur les parties de territoires et de forêts que nous avons décrites. C’est là, la base originaire de toute société teutone, et qui lui assure les premiers bienfaits dus à l’état de société : administration de la justice ; mutuelles garanties de paix ; sécurité et liberté de tous les habitants du district. Dans une pareille organisation, les conditions de culture du sol, de l’exploitation des eaux et des forêts étaient arrêtées du consentement général, et pour le plus grand profit de tous. La Marche était donc une association volontaire d’hommes libres, qui maintenaient un système de commune culture, réalisant la meilleure utilisation du sol ; et de leur association ils excluaient ceux que n’y appelaient point la naissance ou l’adoption. Les coutumes des Marches étaient aussi variées que le nombre des Marches

  1. Wóden peut passer pour l’équivalent d’Ἑρμῆς. Comme Mercure, il est inventeur des lettres, et comme lui, il est un dieu errant. On rencontre les formes suivantes: Wónac (Cod. dip., no 495), Wónstoc, (id., nos 287, 637) Teowes porn, Tiw’s thorn (id., no 171), Tiwes mére (id., no 262), Frigedaeges treów (id., no 1221).
  2. Cf. Eichhorn, Deutsche Staats- und Rechtsgeschichte, II, 76, § 224 a.