Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, V et VI.djvu/709

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guons bien les fonctions de ces deux Amours. Toute action est de soi indifférente ; [181a] ce que nous faisons présentement, boire, manger, discourir, rien de tout cela n’est bon en soi, mais peut le devenir par la manière dont on le fait ; bon si on le fait selon les règles de l’honnêteté, mauvais si on le fait contre ces règles. Il en est de même d’aimer : tout amour, en général, n’est ni bon ni louable, mais seulement celui qui nous fait aimer honnêtement. L’Amour de la Vénus populaire est populaire aussi [181b] et n’inspire que des actions basses : c’est l’amour qui règne parmi les gens du commun. Ils aiment sans choix, pas moins les femmes que les hommes, plutôt le corps que l’âme ; plus on est déraisonnable et plus ils vous recherchent, car ils n’aspirent qu’à la jouissance : pourvu qu’ils y parviennent, il ne leur importe par quels moyens ; de là vient qu’ils s’attachent à tout ce qui se présente, bon ou mauvais : car leur amour est celui d’une déesse plus jeune [181c] que l’autre, et née du mâle et de la femelle. Mais la Vénus Uranie n’ayant point eu de mère, l’Amour qui marche à sa suite n’a qu’un sexe pour objet. Attaché à une déesse plus âgée, et qui n’a point la fougue de la jeunesse, ceux qu’il inspire n’aiment que le sexe le plus généreux et qui

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