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110 ALCIBIADE

celui qui la regarde, qui sait y découvrir tout ce qu’il y a en elle de divin, Dieu même et la pensée, celui-là a le plus de chance de se connaître lui-même.

Alcibiade. — Évidemment.

[Socrate[1]. — Sans doute parce que, comme les vrais miroirs sont plus clairs, plus purs et plus lumineux que le miroir de l’œil, de même Dieu est plus pur et plus lumineux que la partie la meilleure de notre âme ?

Alcibiade. — Il semble bien que oui, Socrate.

Socrate. — C’est donc Dieu qu’il faut regarder : il est le meilleur miroir des choses humaines elles-mêmes pour qui veut juger de la qualité de l’âme, et c’est en lui que nous pouvons le mieux nous voir et nous connaître.

Alcibiade. — Oui.]

Socrate. — Se connaître soi-même, n’est-ce pas ce que nous sommes convenus d’appeler sagesse morale[2] ?

Alcibiade. — Parfaitement.

Socrate. — Sans cette connaissance de nous-mêmes, sans cette sagesse, pourrions-nous savoir ce qu’il y a en nous de bon ou de mauvais ?

Alcibiade. — Comment le pourrions-nous, Socrate ?

Socrate. — Il t’apparaît sans doute qu’il est impossible à qui ne connaît pas Alcibiade de savoir si ce qui est à Alcibiade est bien à lui.

Alcibiade. — Par Zeus, cela est tout à fait impossible.

Socrate. — Ni de savoir si ce qui est à nous est bien à nous, quand nous ne nous connaissons pas nous-mêmes.

Alcibiade. — Nul doute.

Socrate. — Et si nous ne connaissons pas ce qui est à nous, nous ne connaîtrons pas davantage ce qui en dépend.

Alcibiade. — Évidemment.

Socrate. — Mais alors, nous nous sommes quelque peu trom

  1. Les dix lignes suivantes manquent dans les mss. Elles se trouvent dans Eusèbe (Prép. Evang., p. 324 Est.). Il ne semble pas qu’elles soient indispensables. Ce qu’elles disent est à peu près ce qui a été dit dans ce qui précède. Toutefois elles insistent sur l’idée mystique de la présence intérieure de Dieu éclairant l’âme ; idée qui est peut-être plutôt néoplatonicienne que proprement platonicienne.
  2. Cf. ci-dessus 131 b. Platon prend le mot σωφροσύνη dans une