Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome I.djvu/190

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III ALCIBIADE

pés tout à l’heure, quand nous disions : il y a des hommes qui ne se connaissent pas eux-mêmes, mais qui connaissent les choses qui sont à eux, et d’autres qui connaissent ce qui dépend de ce qui est à eux. Car il semble que toutes ces connaissances relèvent d’un seul homme et d’un même savoir, lequel embrasse le sujet lui-même, les choses qui sont à lui et ce qui dépend de celles-là.

Alcibiade. — Cela semble juste.

Socrate. — Et, s’il en est ainsi, celui qui ignore ce qui est à lui doit sans doute ignorer aussi ce qui est aux autres.

Alcibiade. — À coup sûr.

Socrate. — Et s’il ignore ce qui est aux autres, il ignorera par là même ce qui est à l’État.

Alcibiade. — Nécessairement.

Socrate. — Un tel homme ne saurait donc devenir homme d’État ?

Alcibiade. — Non, en effet.

Socrate. — Ni bon économe ?

Alcibiade. — Non certes.

Socrate. — Il ne saura pas même ce qu’il fait.

Alcibiade. — Non, pas même cela.

Socrate. — Mais celui qui ne sait pas, n’est-il pas condamné à se tromper ?

Alcibiade. — Si, assurément.

Socrate. — En se trompant, ne se conduira-t-il pas de travers, à la fois dans la vie privée et dans la vie publique ?

Alcibiade. — Nul doute.

Socrate. — Et, en se conduisant de travers, ne sera-t-il pas malheureux ?

Alcibiade. — Oui certes.

Socrate. — Et ceux dont il gère les intérêts ?

Alcibiade. — Ils le seront également.

Socrate. — Il n’est donc pas possible, si l’on n’est passage et vertueux, d’être heureux ?

Alcibiade. — Cela n’est pas possible.

Socrate. — Ainsi les hommes vicieux sont malheureux ?

Alcibiade. — Très malheureux.

acception à la fois intellectuelle et morale, plus intellectuelle même que morale.