Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome I.djvu/203

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si propre à remplir le cœur de l’homme et à lui assurer tout ce qu’il peut attendre de bonheur, qu’il ne lui semblait pas possible qu’on pût faire le mal autrement que par méconnaissance du bien. Toute faute, disait-il, est essentiellement une erreur. Et toute erreur provenant d’une ignorance, il se convainquait qu’il suffisait d’instruire les hommes pour les rendre vertueux.

Seulement, cet enseignement lui semblait exiger une méthode bien différente de celle qu’on pratiquait communément. Ce n’était pas par de beaux discours qu’on pouvait faire voir la vérité. Celle-ci, d’après lui, chacun de nous la porte en lui-même. Elle est en nous, mais elle y est souvent obscurcie, enveloppée d’idées fausses et d’illusions, ou enfoncée, pour ainsi dire, dans une région d’oubli, où elle échappe à la vue. Il s’agissait de l’en tirer, de la faire remonter à la lumière de la pleine conscience. Par quel moyen ? Uniquement par des questions méthodiques, propres à éveiller la réflexion, à la mettre en mouvement, puis à la conduire pas à pas, d’une vérité à une autre, d’évidence en évidence, en n’avançant jamais sans avoir obtenu un assentiment, libre et entier, sur chaque point successivement. 11 pensait qu’ainsi interrogé, tout homme de bonne foi devait se rendre finalement à ce témoignage intérieur, à cette voix du dedans qui était manifestement la sienne propre, à moins qu’elle ne fût celle de Dieu parlant en lui.

Lorsque Socrate se fut fait cette doctrine, il la mit en pratique. On le vit errer à travers les rues d’Athènes, du matin au soir, pauvrement vêtu, insensible au froid et au chaud, insoucieux de ses affaires personnelles, uniquement occupé de rendre ses concitoyens meilleurs. Il les allait prendre partout, sur la place du marché, dans les boutiques, dans les gymnases, et il les interrogeait à sa manière. Examen très sérieux. L’homme ainsi appréhendé se sentait d’abord séduit par l’humeur enjouée de son interlocuteur, par la grâce de son esprit ; mais les questions se succédaient ; elles devenaient pressantes, indiscrètes ; on disait ce qu’on n’aurait pas voulu dire, on se voyait mis en face de vérités gênantes ; il fallait avouer qu’on avait tort ou se contredire impudemment. On était pris, à moins qu’on ne se fâchât, ce qui n’allait pas sans quelque ridicule. Et Socrate ne se laissait pas écarter facilement. Il ne