Page:Poe - Eureka trad. Baudelaire 1864.djvu/108

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— Je me dis : « l’Unité, comme je l’ai expliquée, est une vérité ; — je le sens. La Diffusion est une vérité ; je le vois. L’Irradiation, par laquelle seules ces deux vérités sont conciliées, est conséquemment une vérité ; je le perçois. L’égalité de diffusion, d’abord déduite à priori et ensuite confirmée par l’inspection des phénomènes, est aussi une vérité ; — je l’admets pleinement. Jusqu’ici tout est clair autour de moi ; — il n’y a pas de nuages derrière lesquels puisse se cacher le secret, le grand secret du modus operandi de la gravitation ; — mais ce secret est quelque part aux environs, très-certainement, et n’y eût-il qu’un seul nuage en vue, je serais tenu de soupçonner ce nuage. » Et justement, comme je me dis cela, voilà qu’un nuage apparaît. Ce nuage est l’impossibilité apparente de concilier ma vérité, irradiation avec mon autre vérité, égalité de diffusion. Je me dis alors : « Derrière cette impossibilité apparente doit se trouver ce que je cherche. » Je ne dis pas : impossibilité réelle ; car une invincible foi dans mes vérités me confirme qu’il n’y a là, après tout, qu’une simple difficulté ;