Page:Régnier - Les Médailles d’argile, 1903.djvu/33

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LA PRISONNIÈRE



Tu m’as fui ; mais j’ai vu tes yeux quand tu m’as fui
Je sais ce qu’à la main pèse ta gorge dure
Et le goût, la couleur, la ligne et la courbure
De ton corps disparu que mon désir poursuit.

Tu mets entre nous deux la forêt et la nuit ;
Mais, malgré toi, fidèle à ta beauté parjure,
J’ai médité ta forme éparse en l’ombre obscure
Et je te referai la même. L’aube luit ;

J’y dresserai le bloc debout de ta statue
Pour en remplir l’espace exact où tu fus nue.
Captive en la matière inerte, désormais,

Tu t’y tordras muette et encor furieuse
D’être prise, vivante et morte pour jamais,
Dans la pierre marbrée ou la terre argileuse.