Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/14

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mables faictz dudict Gargantua. D'aultres sont par le monde (ce ne sont pas faribolles) qui estans grandement affligez du mal des dentz, apres avoir tous leurs biens despenduz en medecins, ne ont trouve remede plus expedient, que de mettre les dictes chronicques entre deux beaulx linges bien chaulx, et les appliquer au lieu de la douleur, les sinapizant avecques un peu de pouldre d’oribus. Mais que diray je des pauvres verollez et goutteux ? O, quantes foys nous les avons veu à l’heure quilz estoyent bien oingtz et engressez à poinct, et le visaige leur reluysoit comme la claveure d’un charnier, et les dentz leur tressailloyent comme font les marchettes dung clavier dorgues ou despinette quand on joue dessus, et que le gousier leur escumoit comme a un verrat que les vaultres et levriers ont chasse sept heures : que faisoyent-ilz alors ? toute leur consolation nestoit que de ouyr lire quelque page dudict livre. Et en avons veu qui se donnoyent à cent pipes de diables, en cas que ilz n’eussent senty allegement manifeste a la lecture dudict livre, lors quon les tenoit es Iymbes, ny plus ny moins que les femmes estans en mal d’enfant quand on leurs list la vie de saincte Marguerite. Est ce rien cela ? Trouvez moy livre en quelque langue, en quelque faculte et science que ce soit, qui ayt telles vertus, proprietez, et prerogatives, et je paieray chopine de trippes. Non messieurs non. Il n'y en a point. Et ceulx qui vouldroient maintenir que si : reputés les abuseurs et seducteurs. Bien vray est il que l’on trouve en d'aulcuns livres dignes de memoire certaines propriétés occultes, au nombre desquelz l’on met Robert le diable, Fierabras, Guillaume sans paour, Huon