Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/16

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abysme, en cas que vous ne croyez fermement tout ce que ie vous racompteray en ceste presente chronicque.

De l’origine et antiquité du grand
Pantagruel. xxxxx Chapitre 1

Vignette 2
e ne sera point chose inutile ne oysifve de vous remembrer la premiere source et origine dont nous est nay le bon Pantagruel : car ie voy que tous bons historiographes ainsi ont traicté leurs chronicques, non seulement des Grecs, des Arabes, et Ethnicques, mais aussi les auteurs de la saincte escripture, comme monseigneur sainct Luc mesmement, et sainct Matthieu. Il vous convient doncques noter qu’au commencement du monde ung peu apres que Abel fut occis par son frere Cayn, la terre embue du sang du iuste fut une certaine année si tresfertile en tous fruictz qui de ses flans nous sont produictz, et singulierement en mesles, que l’on l’appela de toute memoire l’année des grosses mesles : car les troys en faisoient le boysseau, au moys de Octobre ce me semble ou bien de Septembre, affin que ie ne erre : fut la sepmaine tant renommée par les annales, qu’on nomme la sepmaine des troys Jeudys : car il y en eut troys, à cause des irreguliers bissextes que la Lune varia de son cours plus de cinq toizes, le monde voluntiers mangeoit desdictes mesles : car elles estoient belles à l’œil : et delicieuses au goust. Mais tout ainsi que Noé le sainct homme, à qui nous sommes tant obligez et tenuz, de ce qu’il nous planta la vigne, dont nous vient ceste nectareicque, precieuse, celeste, et deificque liqueur, qu’on nomme le piot,