Page:Rabelais - Pantagruel, ca 1530.djvu/24

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drette, ma braguette, ma savatte, ma pantoufle iamais ie ne te verray. Ha faulce mort tant tu me es malivole, tant tu me es oultrageuse de me tollir celle a laquelle immortalite appartenoit de droict. Et ce disant pleuroit comme une vache : mais tout soubdain ryoit comme ung veau, quand Pantagruel luy venoit en memoire. Ho mon petit fils, disoit il : mon couillon, mon peton, que tu es ioly : et tant ie ie suis tenu a dieu de ce quil me a donne ung si beau fils tant ioyeux, tant ryant, tant ioly. Hohohoho que ie suis ayse, beuvons ho laissons toute melancholie, apporte du meilleur, rince les verres, boutte la nappe, chasse les chiens, souffle ce feu, allume ceste chandelle, ferme ceste porte, envoyez ces pauvres, tiens ma robbe, que ie me mette en pourpoint pour mieulx festoyer les comeres. Et en ce disant il ouyt la letanie et les mementos des prebstres qui portoient sa femme en terre : dont laissa son bon propos et tout soubdain fut ravi ailleurs : disant, Jesus faut il que ie me contriste encores, cela me fasche, le temps est dangereux, ie pourray prendre quelque fiebvre, voy me la affolle. Foy de gentilhomme il vault mieulx pleurer moins, et boire davantaige. Ma femme est morte, et bien : par dieu ie ne la ressusciteray pas par mes pleurs : elle est bien, elle est en paradis pour le moins si mieulx ne est : elle prie dieu pour nous, elle est bien heureuse, elle ne se soucie plus de nos miseres et calamitez, autant nous en pend à lœil : dieu gard le demourant, il me faut penser den trouver une aultre. Mais voicy que vous ferez, dist il es saiges femmes : allez vous en a lenterrement delle, et ce pendant ie berceray icy mon fils : car ie me sens bien fort altere : et seroys en dangier de tomber malade, mais beuvez quelque peu devant : car vous