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I TRAGÉDIE. 9
J O C A s T E.
L'intérêt de l'Etat leur fervira de loi.
C R. E o N. L'intérêt de l'Etat eft de n'avoir qu'un Roî , Qui , d'un ordre confiant gouvernant les Provinces, Accoutume à fes loix & le peuple &: les Princes. Ce règne interrompu de deux Rois différens , En lui donnant deux Rois , lui donne deux Tyran*. Par un ordre fouvent l'un à l'autre contraire. Un frère détruiroit ce qu'auroit fait un frère. Vous les verriez toujours former quelque attentat , Et changer tous les ans la face de l'Etat. Ce terme limité que l'on veut leur prefcrire. Accroît leur violence en bornant leur Empire. Tous deux feront gémir les peuples tour-à-tour : Pareils à ces torrens qui ne durent qu'un jour ; Plus leur cours efl: borné , plus ils font de ravage i' Et d'horribles dégâts fignalent leur paffage.
J o c A s T E.
On les vetToit plutôt , par de nobles projets , Se difputer tous deux l'amour de leurs Sujets. Mais avouer , Créon , que toute votre peine C'cft de voir que la paix rend votre attente vainc ; Qu'elle alFure â mes fils le Trône où vous tendez , El -va rompre le piège où vous hs attendez. Comme , après leur trépas , le dr»it de la naiflancc Eait tomber en vos mains la fuprême puiifance , Le fang qui vous unit aux deux Princes mes fils , Vous fait trouver en eux vos plus grands ennemis; Et votre ambition , qui tend à leur fortune , "Vous donne pour tous deux une haine commune ; Vous infpirez au Roi vos confcils dangereu^-, Et vous en fcrvez un pour les perdre tous deux»
C R. E o N. Je ne me repais point de pareilles chimères. Mes refpe^ls pour le Roi font ardens & fincèrej ; Et mon ambition eft de le maintenir A'! Txôûe où vous croyez que je veux parvenir.
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