Page:Rebière - Mathématiques et mathématiciens.djvu/35

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
22
MATHÉMATIQUES ET MATHÉMATICIENS

idées fondamentales, qui existent dans l’esprit humain antérieurement à tout enseignement scientifique : ce sont les idées de force, de temps et de masse. Ces idées sont irréductibles et on ne peut pas plus définir la force, le temps ou la masse qu’on ne peut définir l’étendue.

Ch. Simon.

Quelque objet que les mathématiques considèrent, elles le dépouillent de toutes ses qualités sensibles, de toutes ses propriétés individuelles ; bientôt il n’est plus qu’un rapport abstrait de nombre ou de grandeur : on désigne ce rapport par une lettre ou une ligne ; l’objet lui-même est alors oublié, il cesse d’exister pour les mathématiques. Ces signes, arbitraires en apparence, sont l’unique objet de leurs méditations ; c’est sur eux seuls qu’elles opèrent, et ce n’est qu’après être parvenu au dernier résultat que revenant sur leurs premières opérations, elles appliquent ce résultat à l’objet réel dont elles avaient cessé de s’occuper. Les vérités certaines, trouvées par cette méthode, paraissent au premier coup d’œil n’être que des vérités intellectuelles et abstraites : on a pu les prendre pour des propositions identiques, en oubliant que les combinaisons diverses des mêmes éléments ne sont pas une même chose. On serait encore plus tenté de croire qu’elles n’appartiennent point à la nature réelle. Mais ce serait une erreur : car elles sont des vérités réelles, si l’objet auquel vous les avez appliquées existe dans la nature tel que vous l’avez supposé.

Condorcet.