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certitude que sa lyre a plus fait pour les progrès du genre humain que la massue d’Hercule. Nous ne savons point ce qui reste de ces époques lointaines, mais on ne saurait douter que les airs sifflés par le paysan menant ses bêtes à l’abreuvoir et la plupart des rythmes de campagne auxquels on adapte de nouvelles paroles, de siècle en siècle, de pays en pays, sont un héritage des temps antérieurs à l’histoire. Et que sont les chants, sinon les modérateurs des passions, les ordonnateurs de la vie journalière, les régulateurs de la pensée et des actes ? Avec la danse, la pantomime, les contes aux formes traditionnelles, les chants furent partout le commencement de la littérature : par eux, l’humanité fut initiée aux arts.
Depuis les premiers âges, la musique, dont les progrès ont été si merveilleux dans l’expression des sentiments et dans l’évocation de l’idéal humain, a pourtant beaucoup perdu comme adjuvant du travail dans toutes les occupations ordinaires de la vie. À peine si l’on chante encore çà et là pour quelques travail de force, tel que le virage du cabestan, à bord des grands navires, ou le pétrissage du pain en quelques boulangeries de province : presque partout, le rythme des pistons, des bielles et des roues a remplacé le chant de l’homme, le jeu de la flûte ou du violon. La femme ne chante plus en tournant son fuseau, le ronflement des machines couvrirait maintenant sa voix dans le bruit de la filature. Autrefois, les opérations douloureuses étaient accompagnées d’une cantilène qui endormait la souffrance : le tatouage, la circoncision, l’infibulation faisaient moins souffrir le patient, grâce à la douceur des voix cadencées [1], et, pendant les cérémonies funéraires, les lamentations rythmées des pleureuses, s’élevant et s’abaissant tour à tour, berçaient et calmaient le désespoir ou l’amertume du deuil. Souvent la musique ne servait qu’à endormir la pensée, à changer l’état conscient de l’homme en une vague inconscience, ne laissant que la douce impression de vivre. C’est ainsi que, pendant des heures, le nègre bat son tambour ou sa marimba. L’indigène avertissait aussi ses amis lointains : il s’entretenait avec eux, sachant que le coup de son tambour était compris là-bas, par un camarade ou par son amoureuse [2].
Lorsque les missionnaires jésuites, profonds connaisseurs du cœur humain, remontaient ou descendaient les fleuves de l’Amérique, ils