Page:Relation d'une conspiration tramée par les nègres dans l'isle de Saint-Domingue, 1758.djvu/3

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ceux-ci vendoient à leur camarades. On lui a fait ſon procès. Il a été condamné à faire amande honorable devant la principale porte de cette Egliſe, & à être brûlé vif ; préalablement appliqué à la queſtion ordinaire & extraordinaire. La ſentence a été confirmée par le Conſeil ſupérieur du Cap. Ce ſcélérat a révélé à la queſtion un nombre prodigieux de ſes complices, qui ſont Negres eſclaves, appartenant à différens Maîtres, que l’on a arrêté. Le nombre de ceux qu’il a fait mourir pendant les dix-huit ans de ſon marronage eſt innombrable. Enfin il a été exécuté le vingt janvier, à cinq heures après-midi.

On l’avoit attaché, avec des chaînes de fer, à un poteau qui étoit planté au milieu du bûcher. Auſſi-tôt qu'il a ſenti le feu, il a fait des hurlemens effroyables ; mais il a fait des efforts ſi prodigieux & si ſupérieurs aux forces de l’homme, que le collier & la chaîne ſe ſont détacchés du poteau ; en ſorte qu’il s’est ſauvé du feu le corps en partie brûlé. La Maréchauſſée & les habitans ont eue la prudence de faire auſſi-tôt retirer les Negres qui environnoient la place. Tous ces malheureux, en ſe retirant, crioient à haute voix que François Macandal étoit ſorcier & incombuſtible ; qu’il avoit eu raiſon de leur dire que personne n’étoit capable de l’arrêter, & qu’auſſi-tôt qu’on mettroit la main ſur lui, il ſe chan-


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