Page:Relation d'une conspiration tramée par les nègres dans l'isle de Saint-Domingue, 1758.djvu/7

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
7

Comme on alloit l’appliquer à la queſtion, & qu’on approchoit les mêches, elle dit qu’elle ne vouloit pas ſouffrir deux fois le feu, & qu’elle alloit tout dire. On ne ſauroit trop louer la prudence de M. Courtin, Sénéchal au Cap. Il a paſſé deux jours & deux nuits avec le Procureur du Roi & le Greffier, à recevoir les déclarations qu’elle a faites. Elle a nommé 50 tant Negres que Negreſſes comme complices, qui ont été pris tant dans la ville du Cap qu’à la pleine. Elle a donné les moyens d’arrêter François Macandal qui étoit leur chef ; elle a avoué qu’elle avoit empoiſonné trois enfans de ſon maître, qui les lui avoit donné à allaiter, & quantité de ſes Nègres. Elle a déclaré que lePere Jésuite, qui étoit venu quelque temps auparavant la confeſſer en priſon, lui avoit défendu, ſous peine de damnation éternelle, de révéler ſes complices, & de ſouffrir plutôt tous les tourmens qu’on pourroit lui faire endurer ; mais que comme les Blancs ne lui avoient fait aucun mal elle vouloit bien contribuer à leur ſûreté.

M.rs du Conſeil touchés des aveux de cette petite Négresse, ont ſuſpendu ſon exécution. Elle eſt toujours dans la geole, les fers aux pieds : mais malgré ſes crimes, elle montre tant de ſincérité, donne des avis ſi juſtes, qu’on lui doit le ſalut de la Colonie, & qu’on penſe que la peine ſera commuée en priſon perpétuelle.