Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/23

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mène de long en large et du soir au matin, sous un préau. Les yeux sont verts dans une figure toute cuite. Et la moustache qui n’en finit plus. Quel air martial. Voilà un homme. C’est autre chose que son fils, ce blondin de Pierre dont Diane raffole. Pierre il est vrai, a, lui aussi, des yeux verts, mais ceux du colonel sont plus grands, plus clairs, puisque sa figure est toute cuite. Ses yeux. Un rien les effraie, et ils changent à chaque cauchemar comme un lac au moindre nuage.

Un fou.

Mais, au fait, le colonel est-il si fou que cela, bien fou, vraiment fou ?

— S’il est fou, répond sa femme j’en sais quelque chose. Ne vous ai-je point dit qu’il n’a même pas le droit de divorcer. Il est fou à lier.

Et de prendre les mains de la visiteuse, de l’appeler : « Herminie, ma pauvre Herminie. »

— Louisa, ma pauvre Louisa, répond l’écho du salon d’Auteuil.

Deux fauteuils se rapprochent. Une tête se cale et pleure sur une épaule, mais voici que de l’épaule amie, une fourrure glisse. Un petit bruit sec. C’est une tasse par terre. Du chine qu’on lui avait fait admirer, avant de lui donner la permission de s’en servir. Mme Blok ne sait comment s’excuser.

— Mais le mal n’est pas grand. Au nom du Ciel, Herminie, ne prenez pas cet air désolé, de quelle impor-