Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/31

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M. Dumont Ratapoil parce qu’il était tout velu ?

Mme Blok pense aux poils du colonel. Des poils sur le torse, les bras, les jambes, partout. Elle ferme les yeux. M. Blok avait la peau blanche, imberbe. Les doigts de Mme Blok où ressuscitent des fourmis se rappellent qu’ils aimaient à caresser cet épiderme parfait.

Tout de même une peau sans poil est lassante. Les poils du colonel. Des poils drus sur une poitrine large, des poils qui font une prairie rugueuse, puis se divisent en allées jusqu’aux hanches étroites. Mme Blok ferme les yeux. Qu’elle a de peine à supporter son veuvage. Heureusement que Bricoulet n’est pas un matamore, l’automne de cette pauvre Herminie est si chaud qu’elle finirait par céder. Pourquoi se rappelle-t-elle à l’instant que Dimitri, qui n’était pas timide au lit, l’appelait « ma chère petite putain ». Mme Blok n’est pas une vierge folle. Et pourtant dans quel état se met-elle, rien que de penser à un homme, au colonel. Sa main, cette petite main grasse et gantée, bien à plat sur le bras du fauteuil, elle l’imagine fourrageant la toison pectorale du colonel. Blok, lui, se parfumait. Pour le colonel, il doit sentir bien meilleur que l’œillet ou la fougère de Saint-Germain. Des narines ouvertes à deux battants découvrent l’odeur de l’Afrique du lion, de la bête fauve, de l’homme, quoi.

Mme Blok ne manque plus d’audace :