Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/33

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pirer d’un peu près et avec attention sentent… oui, parfaitement.

— Le colonel, lui, sentait tout juste le bouc. Les poils de ses jambes me piquaient. Aussi après la naissance de notre fils avons-nous fait chambre à part. D’ailleurs, et même pendant notre voyage de noces, le colonel n’a jamais cessé de courir le guilledou. Je n’étais pas affamée au point de me contenter du reste des filles, des gueuses.

— Oh ! moi, je pardonnais à M. Blok, tous les soirs, et même dans les premiers temps de notre mariage, s’il lui prenait fantaisie (Mme Blok est gênée), oui, s’il lui prenait fantaisie, l’après-midi.

— L’après-midi. Vous étiez une faible femme, Herminie.

— J’avais besoin d’amour, Louisa.

— Et vous appelez amour les exigences d’un homme en rut. Tous ces sales gestes. Je me trouve honteuse, rien que d’y penser. Je ne suis pourtant pas bégueule. Des caresses vous troublaient à ce point Herminie ?

— J’avais chaud contre la poitrine de Dimitri, c’était son petit nom, et il suffisait même qu’il mît ses bras autour de ma taille pour que je fusse heureuse.

— Dites que vous aviez M. Blok dans la peau.

— Je le dirai si vous voulez.

— Ainsi vous avez eu un homme dans la peau. Vous avez aimé. Pauvre amie. Moi jamais. De là vient ma force.