Page:René Crevel La Mort Difficile 1926 Simon Kra Editeur.djvu/34

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— Je vous admire, Louisa, je vous envie.

— Mon père le président Dufour avait fait de moi une femme de devoir, et femme de devoir je suis demeurée.

— Moi, quand j’avais dix ans déjà je me demandais ce que pouvait être l’amour. Je restais des heures entières, assise dans un coin, sans bouger. Mes parents vantaient ma sagesse, et moi j’avais un peu honte de leurs compliments.

— Vous aviez honte, et, certes, il y avait de quoi. Je vous aurais douchée si j’avais été votre mère.

— Elle ne savait pas à quoi je pensais.

— C’est juste !

Mme Blok se laisse aller à ses regrets

— Maintenant je suis une vieille femme, je suis veuve. J’ai une grande fille. Mon cousin Bricoulet m’épouserait bien, mais Diane le déteste. Alors, je demeure condamnée à la solitude depuis le jour où M. Blok m’a quittée. Je l’aimais et pourtant c’est de sa propre volonté qu’il m’a laissée. Il s’est suicidé.

— Diable, diable. Sans doute avait-il fait de mauvaises affaires ?

— Non.

— Peut-être avait-il un enfant naturel ?

— Pas que je sache.

— N’aurait-il point par hasard attrapé quelque inavouable maladie ? On ne peut tout de même pas se tuer sans raison, chère amie.