Page:Revue de l'Orient Chrétien, vol. 8, 1903.djvu/432

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Ainsi donc le Coran dans ces passages affirme l’unicité de Dieu. Quant aux paroles citées plus haut, que Dieu, par la bouche de Moïse, adresse aux enfants d’Israël : « Ce Père, n’est-ce pas lui qui t’a créé et possédé ? » et ces autres du prophète David : « Ne m’enlevez pas votre Esprit Saint » ; et encore : « C’est par la parole du Seigneur que les cieux ont été affermis, et c’est le souffle de sa bouche qui a produit toutes leurs vertus » ; ces paroles, dis-je, n’indiquent point trois créateurs, mais un seul, le Père, ainsi que son Esprit ou sa vie, et sa parole ou son Verbe. Nous disons pareillement : le tailleur a cousu l’habit, et : la main du tailleur a cousu l’habit ; ou bien : le menuisier a fait la chaise, et : la main du menuisier a fait la chaise ; et ainsi de suite. Le tailleur et sa main ne font cependant pas deux tailleurs, non plus que le menuisier et sa main deux menuisiers, mais bien un seul tailleur et un seul menuisier. De même le Père, son Verbe et son Esprit, ne font qu’un seul Dieu. Nous ne voulons pas dire autre chose quand nous prononçons ces trois noms ; nous savons que cette appellation n’importe pas nécessairement l’adoration de trois dieux ; de même que nous ne désignons pas nécessairement trois hommes quand nous disons : l’intelligence de l’homme, sa parole et son souffle [1] ; pas plus que lorsqu’on dit : la flamme du feu, sa lumière, sa chaleur, on ne désigne trois feux ; pareillement le disque du soleil, son éclat et sa chaleur n’indiquent point trois soleils.

Telle est la signification que nous donnons aux expressions analogues se rapportant à Dieu (dont le nom soit sanctifié et les bienfaits exaltés !)

On ne peut donc nous blâmer ni nous accuser, alors que nous ne voulons pas abandonner ce que nous avons reçu ni rejeter le dépôt qui nous a été confié et transmis. Comment en effet pourrions-nous embrasser une autre religion, quand, en faveur de la nôtre, il y a tant de témoignages, de preuves, et des démonstrations si évidentes tirées du livre même du prophète ?

— Très bien ! m’écriai-je alors ; mais si nous tirons nos

  1. Cette comparaison rappelle celle qu’emploie saint Augustin (lib. IX de Trin. in line) : « Est quaedam imago Trinitatis ipsa mens et notitia ejus, quae est proles ejus ac de se ipsa verbum ejus, et amor tertius, et haec tria num atque una substantia ».