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VII. La maladie de Domitien.

I

L’histoire de Domitien complète et éclaire une étude de Titus [1]. Elle confirme notre théorie sur la dynastie des Flaviens, dont la seule politique a été une habileté sans principes, et la ressource principale l’art de se contrefaire. Domitien, lui aussi, a été comme ces têtes de Janus qui ont deux faces, ou comme ces hermès grecs qui présentent d’un côté la tête d’un philosophe austère, de l’autre la tête d’un poète comique ou d’un satyre. Son intelligence est supérieure à celle de Titus, sa ruse égale, son rôle plus pénible à soutenir parce qu’il a duré plus longtemps ; c’est pourquoi le bienfaiteur du monde se lasse peu à peu et finit par être un intolérable bourreau. Domitien est resté pour la postérité un type de méchanceté noire, parce qu’elle n’a considéré que la fin de son règne, car la postérité aime à tout simplifier, pour alléger le fardeau qui accable sa mémoire et rendre ses classifications plus aisées. Domitien avait commencé comme Titus, Titus aurait pu finir comme Domitien. Ce n’était peut-être qu’une question de temps. Heureux les princes que la mort emporte et consacre avant l’épreuve ! Le

  1. Voyez, dans la Revue du 1er décembre 1869, l’article intitulé le Véritable Titus.