Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/817

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Bohême étaient fondés. Le 1er octobre, Frédéric avait rencontré le maréchal Braun à Lowositz, petit village situé sur la rive gauche de l’Elbe, à très peu de distance de la frontière de Pirna. Une action assez vive s’était engagée, et, bien que les pertes eussent été égales de part et d’autre, les Autrichiens avaient dû rentrer dans leur camp, désespérant de pénétrer en Saxe et d’arriver jusqu’à Pirna en descendant cette rive du fleuve. Sur la rive droite, le chemin restait libre, il est vrai, mais la jonction ne pouvait s’opérer de ce côté que si les Saxons s’aidaient eux-mêmes en traversant l’Elbe sous le feu des régimens prussiens qui les tenaient assiégés, pour venir au-devant de leurs libérateurs.

Il fut donc convenu que, dans la nuit du 11 octobre, les Saxons passeraient le fleuve au-dessous de la forteresse de Königstein, attaqueraient les Prussiens en face le 12 au matin, tandis que le maréchal Braun, arrivé le même jour sur leurs derrières, les prendrait à revers. Au jour et à l’heure convenus, les Saxons commencèrent leur mouvement ; mais ils furent contrariés par un temps orageux et d’abondantes pluies d’automne. Il fallut employer plus de vingt-quatre heures à jeter un pont sur l’Elbe, et comme on s’était éloigné à dessein des lieux fréquentés pour échapper à la surveillance de l’ennemi, le débouché de ce pont se trouvait aboutir à un sentier très étroit, longeant une colline escarpée, et qui, déjà défoncé par la pluie, devint, dès que quelques bataillons y eurent passé, parfaitement impraticable. Au lieu de pousser droit sur les Prussiens, comme c’était le projet formé, il fallut se masser en désordre sur une pente très raide où les hommes avaient à peine place pour se tenir, il fallut laisser en arrière l’artillerie et les gros bagages en les abandonnant en partie sur le pont ! même, en partie dans le camp évacué. De son côté, le maréchal Braun arriva au point convenu, mais, n’entendant pas le signal du canon, il crut devoir demeurer dans l’inaction, et la journée du 13, qui devait être décisive, s’écoula ainsi des deux parts dans une infructueuse attente. Cette perte de temps fut désastreuse. Averti en effet le soir même que le camp saxon était vide, le prince Maurice ne perdit pas un instant pour s’en emparer. Franchissant l’Elbe lui-même, il se rendit maître de la position, que rien ne défendait plus, et le 14 au matin les Saxons aperçurent avec désespoir les étendards et les uniformes prussiens qui se dessinaient sur les rochers, dont personne ne connaissait mieux qu’eux-mêmes la force inexpugnable. Ainsi tournés, coupés de leur artillerie et de leurs munitions, entassés sans abri sur un terrain étroit et glissant, une seule ressource leur restait : c’est que le général autrichien tentât un coup de main pour les délivrer à tout prix. Dans la journée, ce dernier espoir fut perdu. Le maréchal fit savoir que la manœuvre concertée ayant manqué, et n’ayant pas