Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 88.djvu/435

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Alcibiade n’est plus jeune ; il a été premier ministre. Chargé de soutenir les intérêts d’un grand parti dans l’assemblée des députés de la nation, il semblait livré sans réserve à cet emploi, qu’il remplissait avec honneur. Le souvenir de ses premières années s’effaçait parmi les anciens, les jeunes gens les ignoraient, et il vieillissait paisiblement au rang des hommes graves. Tout à coup il s’est fatigué de cette gloire tranquille. Il lui a plu de montrer qu’il : n’avait pas oublié l’art par lequel il triomphait, il y a quarante ans, de l’inattention de ses concitoyens. Il a voulu essayer, ni plus ni moins que s’il avait encore sa fortune à faire, d’une de ces surprises assaisonnées d’un grain de scandale, dans lesquelles il portait une certaine grâce au temps de sa jeunesse, et qui ont mis à plusieurs reprises en émoi toute la cité. Alcibiade, l’Alcibiade du torysme, c’est M. Disraeli [1] que je veux dire, occupe l’opinion ; il est depuis deux mois l’entretien des salons. Alcibiade est content.

  1. En écrivant ces pages, il m’a été impossible de ne pas me rappeler plus d’une fois la chronique politique du 1er mars 1868, une des dernières et des plus éloquentes de M. E. Forcade, dans laquelle il donnait en termes chaleureux la bienvenue à M. Disraeli, premier ministre. La Revue avait publié dès 1844 un article étincelant de M. E. Forcade sur Coningsby. Très sensible aux réelles séductions de ce talent, dont il fut un des premiers en France a signaler les généreuses promesses, il n’avait pas cessé depuis d’en suivre avec un intérêt de prédilection le développement et la fortune. Il éprouva, comme il l’écrivait, « un épanouissement de cœur » lorsqu’il vit de si longs efforts couronnés enfin par le succès. L’examen de Lothaire m’a conduit à considérer la carrière politique et littéraire de M. Disraeli dans son ensemble. Je l’ai fait librement, sans craindre de m’écarter, au moins dans la forme, de quelques-unes des appréciations de notre regretté collaborateur.