Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 88.djvu/93

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entendre de nouveau. « Je ne sache pas, répondait M. Gladstone, d’imputation plus frivole que celle-là. Elle ne peut venir que de ceux qui professent une doctrine que je ne crains pas de déclarer inacceptable, ou plutôt extravagante : c’est que le parlement, qui a le droit incontesté de régler la transmission de la propriété dans le cas de descendance naturelle, de succession par le sang, n’a pas le droit, dans le cas d’une existence artificielle comme celles que nous appelons des corporations, de contrôler ces existences qu’il a créées et d’y mettre un terme lorsque le bien public l’exige. » Quant aux caractères des mesures auxquelles il croyait le moment venu de recourir, il les voulait radicales en même temps que pleines de ménagemens à l’égard des intérêts acquis et entourées des précautions nécessaires pour adoucir la transition, — promptes dans leurs effets, l’intérêt de la paix publique, celui de l’Irlande et celui de l’église dépossédée elle-même l’exigeaient impérieusement, — définitives, c’est-à-dire assez complètes pour fermer à jamais une longue et sanglante controverse. Et pour satisfaire à ces conditions il présentait un projet qui comprenait trois classes de dispositions : celles dont l’exécution suivrait immédiatement l’acceptation du bill, la principale était l’établissement d’une commission chargée d’administrer les biens ecclésiastiques, ainsi que de liquider ou de sauvegarder les intérêts engagés ; . — celles qui ne sortiraient leur effet que plus tard, par exemple à dater du 1er janvier 1871, et la plus importante était la suppression de toute juridiction et de toutes lois ecclésiastiques, comme du droit pour les évêques de faire partie de la chambre des lords ; — celles enfin qui n’opéreraient que lorsque les réformes précédentes seraient pleinement réalisées, et qui concernaient l’emploi des biens restés disponibles. Ces ressources devaient être employées, au profit de l’Irlande seule, en fondations d’une utilité générale, sans acception de croyance religieuse. L’instruction, quelle qu’en soit l’importance, touche à des intérêts si délicats que M. Gladstone ne pensait pas que ces fonds pussent être appliqués à créer des écoles, de peur de réveiller des jalousies qu’il fallait à tout prix éteindre, et il les réservait dans sa pensée à des établissemens tels qu’asiles pour les aliénés, écoles d’aveugles et de sourds-muets, hôpitaux, maisons de correction, allocations pour des sages-femmes et des médecins de district, etc. A quels principes se ramenaient en définitive toutes ces réformes ? Séparation totale des églises et de l’état, liberté absolue et complète égalité de toutes les confessions religieuses, application de la richesse sociale à des intérêts purement laïques et sans distinction de croyance, telles sont les idées qui ont triomphé dans le bill de M. Gladstone. Il est impossible d’en méconnaître la portée, et il avait raison de parler de la gloire réservée au parlement qui en consacrerait la victoire. A l’église tombée de si