Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 89.djvu/561

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son infortune, il a eu le bonheur de ne pas servir de champ de bataille. Le département de la Meuse, quoique n’étant pas précisément le théâtre de l’action, a du souffrir beaucoup dans les journées du 30, du 31 août et du 1er septembre. Il a nécessairement ressenti le contre-coup des combats qui se livraient sur sa frontière, dans le département des Ardennes. En ce moment, il souffre encore par l’énergique résistance que les deux places de Montmédy et de Verdun opposent à l’ennemi malgré les bombardemens qu’elles subissent. Les Vosges, où l’ennemi ne séjourne nulle part, n’ont guère payé que quelques contributions de guerre sur le passage des troupes prussiennes. Nous ne pouvons rien dire en ce moment, mais on saura plus tard ce que font pour le salut de la France les francs-tireurs, les gardes mobiles et les gardes forestiers de cette énergique contrée.

La partie de la Lorraine la plus éprouvée depuis le commencement de la guerre est le département de la Moselle. Là se sont livrés des combats, là se sont abattues des souffrances dont nous ne connaissons pas tous les détails, mais qui épouvantent l’imagination. Cette jolie ville de Forbach, que nous avions vue si confiante au début de la campagne, a été enveloppée dans le désastre du général Frossard. Qui sait combien d’habitans y sont morts sous les balles prussiennes, combien de maisons les obus ont incendiées ? A Saint-Avold, où arrivaient le 17 juillet les premiers soldats français, où l’armée française a campé si longtemps dans une inaction de mauvais augure, que de ruines aujourd’hui ! et quelle effroyable misère, si nous en croyons les rares témoignages qui nous parviennent ! Au milieu de cette paisible et heureuse contrée ont passé d’abord les régimens décimés du général Frossard, puis l’avalanche de l’armée prussienne descendant vers Metz. Rien de plus narrant que le retour de nos soldats, nous écrivait un témoin oculaire. Ils entraînaient derrière eux, dans leur déroute, les populations effrayées. On ne voyait sur les chemins que de longues files d’uniformes, des hommes fatigués, harassés, couverts de boue, et à leur suite des paysans à pied, en voiture, emportant sur des charrettes leur chétif mobilier, traînant par la main leurs enfans. Toutes les figures exprimaient la consternation. Dans les villages désolés, les Prussiens ne trouvaient plus que des femmes, des malades et un petit nombre d’habitans courageux qui n’avaient pas voulu quitter leurs maisons.

Que s’est-il passé depuis que l’ennemi s’est abattu sur ce coin de la Lorraine ? Quelles lamentables tragédies apprendrons-nous plus tard, lorsque toute la vérité sera connue ? Le 17 août, les habitans de Metz ne savaient déjà plus rien sur le sort des communes occupées. Aucune communication n’arrivait plus, Sous le canon des forts, on