Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/397

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gagnèrent à négocier ; on ne voit pas ce qu’en définitive y gagnaient les Français. Les Prussiens avaient prolongé les pourparlers jusqu’au moment, prévu par eux, où la famine devait leur livrer sans combat les défenseurs de Metz. Quand ce moment arriva, ils imposèrent leurs conditions avec leur ténacité et leur rigueur habituelles, non plus en diplomates qui cherchent des accommodemens et des adoucissemens à la défaite, mais en vainqueurs qui ne cèdent aucun de leurs avantages. Les généraux français essayèrent vainement de distinguer entre la place et l’armée, de sauver au moins la forteresse en livrant leurs soldats. L’ennemi, qui connaissait la triste situation des assiégés, ne consentit à aucune concession. Il savait qu’on ne pouvait plus se défendre, il exigea qu’on remît entre ses mains tout ce qu’il demandait, et il l’obtint.

Capitulation sans nom, écrit le 1er novembre un des officiers qui y sont compris ; capitulation unique dans l’histoire, disons-nous à notre tour, qui livrait du même coup à la Prusse 3 maréchaux de France, 50 généraux, 6,000 officiers, plus de 160,000 hommes, c’est-à-dire plus de monde qu’il n’en fallut à Napoléon pour tenir tête à toute l’Europe dans la campagne de France ; 57 drapeaux, 750 pièces de siège, 400 canons, 100 mitrailleuses, 6 forts avec tout leur matériel et leurs immenses approvisionnemens de guerre, une place de premier ordre jusque-là invincible, habitée par une population énergique, dont les remparts n’avaient pas même été effleurés par l’ennemi, qui eût résisté comme Strasbourg, si elle eût été attaquée, mais à qui le sort ne permettait pas d’essayer la force de ses murailles et le courage de ses défenseurs ; notre grande école d’application d’artillerie et de génie, ces magnifiques établissemens, cet immense polygone où l’on enseignait à l’élite de nos officiers l’art de la guerre, où on avait préparé tout ce qui devait servir à la lutte contre l’Allemagne, et que gardent maintenant les sentinelles prussiennes ! Qu’on n’invoque pas après cela, comme le fait le maréchal Bazaine dans sa proclamation, des souvenirs tirés de notre histoire militaire, qu’on ne prononce pas le nom de Kléber, de Masséna, de Gouvion Saint-Cyr ! Qu’on n’atténue pas ainsi la grandeur de notre désastre, comme s’il s’agissait encore une fois de nous tromper nous-mêmes, et de nous persuader qu’on trouverait dans notre passé des malheurs comparables à ceux que nous subissons ! Non, il est nécessaire de le redire pour que nous sachions bien où nous sommes tombés, et ce qu’il nous faut de courage afin de nous relever de ces défaillances : on n’a jamais vu à aucune époque, avant le second empire, deux grandes armées capituler l’une après l’autre sur notre territoire, des centaines de mille hommes déposer leurs armes pour sauver leur vie, et défiler devant le vainqueur, non