Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 80.djvu/783

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n’était pas du tout pour lui la même chose que de la lancer, comme on le lui avait promis, à la poursuite et sur les derrières du prince Charles. « Et voilà ce que c’est, ajoutait-il, que de faire des traités avec des Jean-f… »

Aussi, un officier général français, le marquis Du Mesnil, étant venu le trouver dans son camp, de la part du maréchal de Noailles, pour lui faire prendre patience et conférer de ce qu’on devrait faire après la prise de Fribourg, il l’accueillit avec ce ton de hauteur ironique et insultante auquel son entourage n’était que trop habitué. Du Mesnil, qui en faisait pour la première fois l’expérience, eut quelque mérite à en soutenir l’assaut avec fermeté et à rendre compte de l’entrevue au maréchal de Noailles avec une tranquillité d’esprit assez amusante.

« Après quelques phrases de complimens : « Vous voyez, monsieur, me dit le roi, que je tiens mes engagemens. Je souhaite que l’on tienne aussi ceux que l’on a pris avec moi, mais je ne m’y attends pas. » Et là-dessus, sans me donner le temps de répondre, il passa dans le derrière de sa tente ; ce début m’a paru farouche. » Le soir, on se retrouve à dîner, et, en se mettant à table, Frédéric débute par cette brusque question : « Pouvez-vous me dire, monsieur, ce que devient le quadruple Xénophon ? » Du Mesnil, ne comprenant pas, ne répondait rien. « Mais répondez, monsieur, répondez ? — Sire, je ne connais pas son nom. — Eh ! c’est le maréchal de Broglie, qui s’est retiré de Bavière avec quarante mille hommes, tandis que Xénophon n’en eut jamais que dix mille. » Et de là, poursuit Du Mesnil, il partit en se répandant en propos sur la guerre de Bohême et de Bavière, ajoutant qu’il profiterait des mémoires de cette guerre et qu’il n’en ferait pas la troisième édition ; et, comme, toutes les fois qu’il m’adressait la parole, je prétextais cause d’ignorance, il me dit que ces mémoires étaient imprimés dans sa tête et qu’ils y étaient profondément gravés… Enfin, après avoir fini, pour répéter ses propres termes, « l’analyse de toutes les sottises que les généraux ont faites en Bohême et en Bavière, » dont le détail fut long et circonstancié, en me disant souvent : Je ne ferai pas de même. « Eh bien ! monsieur, qu’avez- vous à dire ? Voilà vos généraux ; répondez, parlez ! » Pressé et forcé de répondre, je lui dis : « Sire, nous sommes dans l’usage, en France, de respecter le choix du roi, notre maître, quand il a honoré quelqu’un de sa confiance et du commandement de ses armées. » Il se tut un moment ; et, l’instant d’après, il se mit à parler de l’Académie française, des spectacles, de ses troupes, de leur discipline, des différens gouvernemens de l’Europe, de ce qui se passait en Piémont, de son aversion pour les moines, pour les prêtres, etc. De là, il me parla du roi d’Angleterre, du roi de Pologne, de la reine