Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 80.djvu/794

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Ajoutez un peu plus de foi à ce que je vous dis ; ce ne sont pas des rêveries. Vous verrez si cela ne se réalisera pas : tout cela est fondé sur la connaissance que j’ai de l’homme à qui nous avons affaire, et je vous assure que je connais tous les replis de son âme. Adieu, mon cher oncle, portez-vous bien ; pour moi, je songe à me faire une santé de crocheteur pour faire enrager nos ennemis le plus longtemps que je pourrai et avoir le temps de les punir, et ils le seront, vous pouvez en être assuré. »

A cette idée de sa vengeance qui s’apprête, son imagination s’exalte, et ce ne sont plus seulement ses persécuteurs qu’elle veut atteindre, ce sont les amis froids qui l’ont laissée succomber sans la défendre, dont elle veut punir l’indifférence. « Vous me mandez, écrit-elle, que M. le maréchal de Noailles vous a chargé de me faire ses complimens. Qu’est-ce que cela veut dire ? Est-ce la façon dont on doit agir avec quelqu’un à qui on a autant d’obligations ? et je puis dire qu’il m’en a beaucoup, et que, si l’on a quelque reproche à me faire, c’est de l’avoir autant soutenu… Franchement, il ne vaut rien, ces gens-là n’aiment guère, aussi bien peu de gens les aiment. Il n’y a que moi qui ai été assez folle pour cela. Aussi, si je reviens jamais, comme je n’en doute pas, comme je le haïrais ! Comme je lui nuirais ! comme je le persécuterais ! .. Vous aurez beau dire, je le perdrai à n’en jamais revenir. Je serai toute différente de ce que j’étais ; je serai méchante comme un diable, d’une impertinence dont on n’aura jamais eu d’exemple, et je leur ferai voir à qui ils se sont joués… Je voudrais déjà y être, mais il n’y a que de la patience à avoir et je suis bien sûre que cela sera. Le roi se porte à ravir et moi aussi ; il n’y a qu’à désirer que cela dure, car, pour le reste, je n’en doute pas. Ce sera charmant, cher oncle, et nous aurons bien du plaisir, et il sera de plus longue durée que celui de nos ennemis, qui périront. Vous savez que je suis heureuse, c’est plaisant à dire dans ce moment, mais pourtant c’est ce qui vous le prouvera… Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde, et, en vérité, il y en a grand besoin, car il n’y a sorte de sottises dont vous ne vous avisiez. »

Puis viennent des précautions pour éviter, avec le retour des accidens de santé, le réveil importun de la conscience. Il faut à tout événement se mettre bien avec les médecins. « Je serai bien aise de savoir comment vous êtes avec La Peyronie ; faites-lui croire au moins que je ne lui sais nul mauvais gré de tout ce qui s’est passé, que je ne m’en prends nullement à lui, que vous et moi l’aimons beaucoup : c’est absolument nécessaire et pour cause que vous pouvez deviner aisément. »

Enfin, à mesure que la crise finale approche, l’impatience prend le dessus, et, moins tranquille et plus pressée qu’elle ne veut