Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 80.djvu/796

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inusitée qui accueillirent le roi à Paris. Quelques semaines seulement auparavant, le retour dans sa capitale du prince victorieux et miraculeusement échappé à la mort aurait excité des transports d’enthousiasme ; aujourd’hui, une sourde et sombre préoccupation tempérait l’expression de la joie populaire. La reine avait quitté Versailles pour venir au-devant de son époux ; elle le reçut aux Tuileries, où ils durent passer ensemble les deux jours qui suivirent. La présence des souverains à Paris, leur séjour dans la demeure de leurs ancêtres, abandonnée depuis près d’un siècle, étaient un fait si inaccoutumé pour la génération nouvelle, que non-seulement l’avocat Barbier, qui voyait passer la cérémonie de la rue, mais le duc de Luynes, qui en réglait l’ordre et la disposition dans l’intérieur du palais, croient devoir en donner des descriptions circonstanciées et minutieuses, comme d’une rareté qu’on n’a jamais vue et qu’on ne reverra plus.

Grand couvert aux Tuileries mêmes, où la foule est admise à défiler devant la table royale ; dîner de gala le lendemain à l’Hôtel de Ville, servi par le prévôt des marchands et les échevins en robe rouge ; Te Deum splendide à Notre-Dame ; pèlerinage d’actions de grâces non moins solennel à Sainte-Geneviève ; complimens débités par tous les prélats au parvis de toutes les églises ; cantates composées par tous les poètes du jour et récitées sur tous les théâtres ; arcs de triomphe sur toutes les places ; illuminations des rues éclairant la promenade du cortège royal ; distribution de vivres et d’argent au populaire ; fontaines de vins et de liqueurs répandues sur les voies publiques ; les comptes-rendus ne nous font grâce d’aucun détail ; mais pas plus le courtisan que le bourgeois ne peuvent se défendre de marquer discrètement au passage les observations qu’ils ont entendu murmurer à leurs oreilles. Si Luynes nous décrit la configuration des deux appartemens contigus occupés par le roi et la reine, l’un donnant sur le Carrousel et l’autre ouvrant sur le jardin, c’est pour ajouter quelques lignes plus loin que, pendant la nuit, les femmes de chambre ont cru entendre gratter à la porte de la reine, mais que, ne s’étant pas assez empressées d’ouvrir, elles n’ont plus trouvé personne. S’il mentionne la distribution et l’ordre des services entre les divers officiers de la cour, ce n’est pas sans faire remarquer que le roi, à plusieurs reprises, a paru calculer à quelle époque le duc de Richelieu reprendrait le sien, et que le duc de La Rochefoucauld, un de ceux qui s’étaient signalés à Metz par la hardiesse de leur langage, n’a pas été appelé à son tour. Barbier, de son côté, fait observer que le grand chambellan, le duc de Bouillon, n’était point à sa place ordinaire dans le carrosse du roi. « Si c’est, dit-il, pour s’être querellé à Metz avec La Peyronie, on le lui a gardé longtemps ! .. » Enfin, il n’a pas vu sans