Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/496

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demandait à qui serait, après lui, confiée la tâche d’achever l’œuvre commencée, et à quelles mains serait remis le commandement qui allait lui échapper. Aucun nom n’était naturellement désigné : Belle-Isle était captif ; Noailles, depuis Dettingue, avait perdu crédit et confiance. Celui qui crut avoir quelque chance d’être appelé et qui se mit tout de suite, bien que discrètement, sur les rangs, fut un prince du sang, le comte de Clermont, qui s’était distingué dans la campagne précédente et avait conduit avec succès un corps d’armée dans l’Autriche antérieure pendant le siège de Fribourg. La faveur d’ailleurs semblait revenue aux princes, puisque Conti commandait l’armée du Rhin ; et Clermont se souvenait qu’il était petit fils du grand Condé. Mais, pour produire utilement sa prétention, il lui importait de savoir exactement combien de temps pouvait s’écouler avant qu’elle pût être exprimée tout haut, en d’autres termes et pour parler sans détour, combien de jours Maurice avait encore à vivre. Pour s’édifier sur ce point, Clermont n’imagina rien de mieux que de s’adresser à l’ami personnel de Maurice lui-même, celui qui vivait dans sa familiarité et qui, introduit par lui dans l’armée française, devait lui rester attaché par tous les liens de la reconnaissance, le comte de Lowendal. Des émissaires furent dépêchés au général danois pour l’interroger en confidence sur le véritable état de la santé de son ami, en lui laissant apercevoir qu’en échange de ce service rendu, le mérite éclatant dont il venait de faire preuve lui-même sur le champ de bataille, trouverait dans le successeur de Maurice un appréciateur aussi éclairé que celui qu’il était menacé de perdre. J’ai le regret de dire que Lowendal ne se refusa ni à se laisser poser ces questions douloureuses, ni à s’entretenir des espérances qui pourraient s’ouvrir pour lui le lendemain de la retraite ou de la mort de son protecteur. — « Je ne suis, mon cher Polignac, écrivait-il à l’un des envoyés du prince, ni un suffisant, ni un fat ; rompu dans les affaires du monde, je comprends que mon temps n’est pas encore venu d’être maréchal de France, et je sens que je ne puis le devenir plus promptement qu’en servant sous un prince victorieux qui veuille prôner mon application et me pousser vivement… Lisez donc dans mon âme tout ce que je dois désirer : c’est nommément d’avoir monseigneur à la tête des armées et de me voir honoré de sa confiance… Je vous dis et je vous répète que le maréchal de Saxe ne reviendra que difficilement. Il s’affaiblit de jour en jour, et, dans deux mois d’ici, je le vois bien bas et, peut-être hors d’état d’agir ; voilà deux ponctions qu’on lui fait ; il est comblé de grâces que le roi lui fait, mais je prévois qu’il n’en jouira pas longtemps. » — Et un autre émissaire de Clermont, rendant compte des informations qu’il avait recueillies, ajoutait : - « On est ici toujours pour le pauvre hydropique, qui tiendra bon tant qu’il pourra ; ..