Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/509

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roi de France. Mais le soir, prenant Valori en tête-à-tête sous sa tente, il lui laissa voir le fond de sa pensée et le peu de prix qu’à son point de vue particulier (ce serait trop de dire égoïste), il attachait à tous les lauriers qu’on pouvait cueillir hors de l’Allemagne : — « Je suis toujours bien charmé de la gloire personnelle, lui dit-il, que le roi a acquise et des avantages qui lui reviennent de cette mémorable victoire : mais, convenez-en avec moi, elle ne m’est d’aucune utilité ; je n’en ai pas moins d’ennemis sur les bras, et la reine de Hongrie ne regarde pas cet événement comme un de ceux qui doivent lui être extrêmement nuisibles… Je vous accorde que les Hollandais pourront être d’abord consternés, et rechercheront les moyens de sortir d’affaire, mais prenez garde qu’ils le chercheront inutilement. Ils sont à présent dans les entraves de l’Angleterre et forcés malgré eux à en suivre toutes les impressions et tous les mouvemens. Or, c’est se faire illusion de croire que les Anglais seront consternés de cette aventure au point de changer de mesures. Au contraire, je suis fortement persuadé que la nation s’irritera et qu’il sera moins difficile que jamais de l’engager à redoubler d’efforts. Croyez-moi, il n’y a qu’un moyen de mettre la reine de Hongrie à la raison, c’est en mettant le prince de Conti en état d’agir avec supériorité et de suivre le duc d’Arenberg, s’il revient contre moi en Bohême… Si le prince de Conti était en force pour marcher sur Égra, quel bien n’en résulterait-il pas ? La Saxe ne tarderait pas à changer de mesure, Hanovre tremblerait, et vous jugez bien que, pour tous les cercles prêts aujourd’hui à se déclarer contre vous, ils crieraient beaucoup et vous obéiraient. Vous ne doutez pas non plus que, si vous étiez forcés de repasser le Rhin, je n’eusse raison de me croire abandonné, et que, quelque effort que je fasse par moi-même, il faudrait que je succombasse… Mais alors vous aurez la plus grande partie de l’Allemagne contre vous, les Anglais et les Hollandais y trouveront des troupes à leur solde tant qu’ils voudront et le grand-duc sera empereur. Mais, je vois ce que c’est, ajoute-t-il, vous craignez de vous enfourner en Allemagne, mes chers amis. »

Revenant alors avec un merveilleux sang-froid sur sa situation personnelle et la passe étroite où il s’était volontairement engagé, il explique à Valori, en détail, par quel artifice et dans quel dessein il avait lui-même appelé les Autrichiens en Silésie, où il espérait les écraser. C’était en les trompant par le moyen de faux espions qui leur avaient fait croire que son mouvement de recul était le commencement d’une évacuation complète de la province. — « J’ai ouvert, dit-il, tous les passages de la Haute et de la Basse-Silésie. On ne peut prendre des souris sans ouvrir la souricière ; je me flatte et j’espère qu’ils y entreront. L’état de mes affaires