Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/514

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jamais ébranlée, jamais découragée et ne voulant qu’une chose à la fois, mais ne la perdant jamais de vue, et il était clair que, bien que battue à droite et battue à gauche, l’intrépide princesse saurait se frayer hardiment son chemin entre ses ennemis étonnés et arriver encore à mettre la main avant eux sur la couronne de Charlemagne.

Le premier indice apparent de cette hésitation des vainqueurs à profiter de leur victoire, ce Tut l’attitude expectante adoptée tout de suite par Frédéric, très différente de l’essor qu’on s’attendait à lui voir prendre et qui eût été dans ses habitudes comme dans son caractère. Au lieu d’entrer résolument en Saxe ou de s’avancer en Bohême, on le vit, après deux ou trois journées de marché, s’arrêter sur la lisière de cette dernière province, dans le voisinage de Königgrätz, et s’établir à quelque distance en arrière de l’Elbe, mettant son camp dans le petit village de Chlum, où il ne passa pas, l’arme au bras et sans bouger, moins de six semaines. Il a donné dans l’Histoire de mon temps, et ses biographes ont donné pour lui, plus d’une raison de cette immobilité inattendue, entre autres la crainte, s’il passait la frontière de Saxe, de déterminer l’intervention de la Russie (qui avait promis à Auguste sa protection), et l’intérêt d’obtenir ses ressources de l’Autriche en mangeant les plus fertiles contrées de ses meilleures provinces. La vérité est que, voulant éviter toute démarche qui lui aurait fermé le retour vers une voie pacifique, il marquait pour-ainsi dire le pas, regardant alternativement des deux côtés de l’horizon pour voir ce qui lui arriverait, soit d’Angleterre, en fait de propositions d’accommodement, soit de France, en fait de secours pécuniaires ou militaires. — « Allez tout de suite à Hanovre, écrivait-il à son ministre à Londres, Andrié (en lui reprochant avec vivacité d’avoir laissé partir le roi George sans l’accompagner) ; sachez au juste l’impression que la victoire complète que, grâces à Dieu, j’ai remportée sur les Autrichiens, fera sur le roi d’Angleterre et sur son ministre, ce qu’ils pensent de faire et s’il n’y a pas moyen de tourner les négociations de manière que les Anglais viennent eux-mêmes proposer un accommodement avec la reine de Hongrie d’une façon plus convenable qu’on ne l’a fait jusqu’ici. » — « Ne craignez pas, écrivait-il le même jour à Podewils (grand partisan, on le sait, du raccommodement avec l’Angleterre), que je me précipite dans mes résolutions. Je poursuis à présent mon grand objet, qui est de déloger les Autrichiens de Königgrätz, où ils ont un magasin, très important… Cela fait, je suis au terme de mes opérations. Je gagne, par cette position, le temps de pousser mes opérations et de parvenir à la paix… Je ne fais la guerre que pour parvenir à la paix, et vous pouvez être persuadé que je suis trop philosophe pour suivre