Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 82.djvu/756

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ciétés du repos éternel et de la terre promise le droit de faire inhumer dans la même sépulture des personnes n’appartenant pas à la même famille. On discuta longtemps ; à propos d’enterrement, on parla, sans rire, de propagande religieuse ; on dit même qu’en se montrant récalcitrant pour les Israélites, on voulait « atteindre les associations catholiques dont l’esprit d’envahissement est à craindre. » On finit par s’arranger, sinon par s’entendre, et le comité de bienfaisance put offrir une dernière demeure, une demeure inviolée, à ses pauvres, après les avoir secourus pendant leur existence.

La cérémonie de la purification, qui se fait actuellement au cimetière, me semble destinée à disparaître et à être remplacée par une cérémonie analogue faite au domicile du défunt. Tout ce qui expose un rite funéraire à être contemplé, seulement deviné et commenté par la pensée, est déplaisant. La mort a quelque chose de mystérieux et de solennel qui doit être soustrait aux curiosités, aux interprétations, et je crois que, sous ce rapport, le judaïsme fera bien de renoncer à certaines traditions, assurément fort respectables, mais qui résultent des usages importés d’Orient plutôt que des prescriptions d’une loi révérée. Le corps doit être purgé de toute souillure et revêtu de vêtemens blancs, afin de se lever avec décence le jour où l’ange de la résurrection l’appellera, car Daniel a dit : « Ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront ; ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l’opprobre, pour la honte éternelle. » Mais la purification ne perdra rien de sa valeur à être accomplie dans un appartement clos, loin des commentaires incrédules et moqueurs. Malgré les murailles, malgré les portes, malgré les séparations administratives, le cimetière est un lieu public, on ne doit qu’y cacher les morts. Les Israélites du rite portugais, — séphardi, — en seront quittes pour faire sept fois le tour du cercueil dans une chambre au lieu de le faire dans la maison des purifications, et le mort n’en sera pas moins honoré, car le respect que l’on garde à son souvenir lui est surtout témoigné par les jours d’Abel, qui ne mettent pas fin au grand deuil, lequel doit se prolonger pendant un mois. À ce moment, les proches parens du défunt se rendent à la synagogue, y allument les lampes et distribuent des aumônes aux pauvres ; car tout, pour l’israélite, — les naissances, les mariages, les décès, les anniversaires, — tout est un prétexte à charité : je le répète, cette race est très bienfaisante.

Je crois bien que le désir de la communauté juive de Paris est d’avoir son cimetière particulier, à elle seule, loin de tout autre. Les traditions historiques l’y autorisent et nos lois ne s’y opposent pas. Pendant le moyen âge, les juifs eurent leurs cimetières distincts, rue Galande, rue de la Harpe, rue Pierre-Sarrasin ; sous le