Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/29

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


troublé qu’impuissant, lui opposait plus de bruyantes paroles que de résistance effective. Charles-Edouard put s’avancer hardiment vers Edimbourg, à la tête d’une troupe dévouée et grossie de village en village par des recrues nouvelles. S’il était une fois reçu dans la capitale, il était roi tout de bon, et toute l’Europe allait compter avec lui. D’un autre côté, le roi de Prusse faisait avancer ses troupes sur la lisière de la frontière saxonne, et le prince d’Anhalt avait l’instruction de la franchir si le contre-ordre ne lui arrivait pas avant un jour fixé ; une fois cette agression faite, toute idée de paix était éloignée, et la carrière des aventures était rouverte. Il n’était donc plus temps d’hésiter ni de délibérer, et tous les conseillers de George le pressaient de conclure et de partir. Frédéric, de son côté, n’était guère moins désireux de sortir d’incertitude, quoiqu’il mit plus d’art et de sang-froid à dissimuler son impatience ; aussi le décida-t-on sans peine à ne pas insister sur des exigences qu’il n’avait, en réalité, mises en avant que pour la forme, et à se contenter de rentrer purement et simplement dans le statu quo ante bellum. Dès lors, tout fut aplani, et par une convention signée le 26 août entre les ministres anglais et l’envoyé prussien, le traité de Breslau fut déclaré rétabli dans toutes ses clauses principales, la Silésie restant à Frédéric, comme la Bohême à Marie-Thérèse, et les deux souverains devant s’engager à se garantir réciproquement l’intégrité de leurs territoires. La même garantie était étendue à la Saxe, au Hanovre, au Palatinat et à la Hesse. Frédéric, en échange, promettait sa voix au grand-duc pour l’élection impériale. Le roi d’Angleterre dut faire partir sur-le-champ un courrier pour Vienne, afin d’exiger de Marie-Thérèse la cessation des hostilités en Allemagne, le roi de Prusse consentant, de son côté, à un armistice de six semaines, délai pendant lequel le traité serait gardé secret, et le protocole resterait ouvert pour attendre l’adhésion de l’Autriche et du roi de Pologne aux stipulations faites en leur nom.

Rien de plus irrégulier assurément que ce procédé du cabinet anglais, stipulant pour le compte d’autrui sans y être autorisé et sachant même pertinemment qu’il ne l’était pas. Mais l’étrangeté même d’une telle conduite attestait assez quelle impérieuse nécessité l’avait dictée, et manifestait avec évidence le parti-pris par toute la nation britannique et imposé par elle à son souverain d’abandonner définitivement l’Allemagne aux chances de la guerre. Cet isolement constaté de Marie-Thérèse était pour son adversaire un sérieux avantage, quand même elle s’obstinerait à continuer seule la lutte.

Tout devait être singulier, d’ailleurs, dans cet acte conclu en dehors de toutes les règles ordinaires. Si le roi d’Angleterre se croyait