Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 83.djvu/35

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critique, une alliance qui n’avait pas tenu ce qu’il en espérait et qui devenait compromettante pour sa propre sécurité ; à une condition cependant, c’est qu’ils reconnaîtront de leur côté que la liberté qu’il revendiquait pour lui-même, il la rendait par le même fait à son allié. En rompant ses engagemens, il nous déliait aussi des nôtres, et quelque usage que nous eussions fait de cette indépendance recouvrée, quelque tort même qu’il en eût souffert, il n’aurait pas en à s’en plaindre.

Ainsi, il se séparait de nous pour sauver la Silésie, en rendant à Marie-Thérèse la facilité de venir, avec toutes ses forces, nous chercher dans les Pays-Bas. Mais si (comme Robinson en formait le soupçon) un arrangement tout opposé était plus du goût de la princesse ; si elle préférait nous donner carrière dans les Pays-Bas pour avoir ses coudées franches en Silésie, il nous eût été parfaitement loisible, et il n’était nullement déloyal, non-seulement de la suivre, mais même de la pousser dans cette voie. Du moment où l’allié de Louis XV le laissait là pour ne plus songer qu’à ses intérêts et à sa personne, la réciproque ne pouvait manquer d’être juste… — « Je conviens, disait quelque part, dans une lettre fort bien raisonnée, le prince de Conti lui-même à d’Argenson, qu’il vaut mieux, comme vous le dites, être trompé que trompeur ; mais si d’aventure le roi de Prusse vient à nous manquer, serait-ce le tromper que de nuire à sa négociation et d’en nouer une dont il fût la dupe ? » — Des documens, qui n’ont peut-être pas jusqu’ici été suffisamment mis en lumière, vont nous faire voir qu’une transaction de ce genre, si elle ne fut pas offerte en propres termes par Marie-Thérèse à Louis XV, eût du moins été facilement obtenue d’elle ; et il nous restera à apprécier par quel excès de scrupule un peu naïf, ou par quelle erreur de jugement le ministre qui parlait au nom de la France en laissa échapper l’occasion [1].


Duc DE BROGLIE.

  1. Conti à d’Argenson, 22 Juillet 1745. (Correspondance d’Allemagne. — Ministère des affaires étrangères.)