Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/494

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sa structure barbare, presque enfantine, avec son disque de bronze, ses pointes brillantes, on la croirait imaginée par les gens d’une autre planète ou de la lune. Et, bien entendu, elle sert de gîte à des peuplades d’oiseaux, — qui commencent déjà dans l’air leur tournoiement effréné du soir.

Nous arrivons, les petites filles et moi, à la troisième face de l’enclos interdit. Beaucoup de belles rêveuses, de ce côté, garnissent les terrasses d’alentour, et, dans la rue, se tient un marché où l’on vend des fruits, des graines, des mousselines peintes, des fleurs.

Le soleil est couché, pour nous qui sommes en bas, mais la grande pyramide le voit encore, elle en est tout illuminée dans des tons roses. Et c’est, paraît-il, bientôt le moment de la promenade crépusculaire, pour les singes sacrés, qui ont des manies immuables. Le premier d’entre eux apparaît au-dessus de la sainte muraille, grimpe sur un créneau, s’assied et se gratte ; s’il ne remuait pas, on le confondrait avec les petits dieux, les petits monstres, çà et là sculptés au sommet de ce rempart ; un autre émerge à son tour, s’installe sur une pointe voisine ; et puis trois, et puis quatre ; les créneaux se garnissent de singes.

Très vite le jour baisse ; la cime de la pyramide reste seule lumineuse, rosée, dans l’ensemble gris et vieux de l’énorme temple. En haut du mur : singes couleur de pierre, petits monstres couleur de singe ; vautours perchés. En l’air : nuages de pigeons et de corbeaux, resserrant les cercles de leur vol autour du disque de bronze dont la pyramide est couronnée.

L’heure de la sortie des singes. L’un d’eux se laisse glisser, descend, saute par terre, traverse impudemment la rue, au milieu des groupes de vendeurs qui lui font place ; et les autres suivent à la file, à quatre pattes. Des espèces de chiens, dirait-on, mais trop hauts sur jambes, l’allure sautillante et cocasse, avec de longues queues dressées. Le premier, en passant, vole une prune, dans un mannequin du marché ; les suivans font de même, à la même place, et chaque fois, sans protester, le marchand salue. Maintenant ils grimpent lestement le long d’une maison, et s’éloignent, disparaissent en cortège mystérieux sur les toits.

Extérieurement, contre le rempart du temple, dans une sorte de guérite faite avec des branches et des nattes de palmier, réside une idole de Pandavas qui a deux fois la taille humaine, qui est horrible et noire, avec un rictus à longues dents. Un