Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/501

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


ici est d’une finesse exquise, patientes ciselures, ou petites fleurs de mosaïque jetées en semis sur l’invariable blancheur des fonds : tout semble encore plus blanc qu’autre part, il y a partout comme un rayonnement de tristesse blanche. Ce qu’elles voyaient jadis, les sultanes, était moins désolé sans doute que de nos jours ; les mêmes plaines se déroulaient à l’infini, la même rivière serpentait au loin, mais le vent de famine ne soufflait pas comme à cette heure ; sur tout le pays, il n’y avait pas cette poussière de mort, qui estompe les choses comme une brume. Au premier plan, presque sous leurs pieds, les belles contemplaient ce grand carrousel, qui est toujours là, et où se donnaient, pour leur plaire, des combats d’éléphans et de tigres, mais l’arène aujourd’hui est envahie par des broussailles, par des arbres, que la sécheresse a dépouillés et qui, sans la chaleur de cette soirée ardente, feraient songer à l’hiver.

Nulle part, dans l’Inde, la vie des oiseaux n’est innombrable et encombrante comme ici. Leurs cris, à cette heure, sont les seuls bruits qui montent jusqu’à moi ; mais ils emplissent le silence de ces terrasses, ils font vibrer tous ces pâles marbres sonores. Aux approches du crépuscule, un triage par espèce s’opère dans le tourbillon ailé : tel arbre, au-dessous de moi, commence à devenir noir de corbeaux ; un autre est entièrement garni de perruches, qui font comme des feuilles trop vertes sur ses branches mortes. Et des aigles au corps blanc, de grands vautours chauves, dans le carrousel abandonné, se promènent par terre, comme des bêtes de basse-cour.

Au loin dans les plaines, on voit des coupoles blanches, de cette blancheur diaphane des marbres qu’aucune peinture, aucun revêtement ne saurait imiter ; elles émergent çà et là du brouillard de poussière qui traîne sur le sol, et qui bleuit ou s’irise avec le soir. Ce sont les demeures actuelles des princesses qui jadis promenaient ici, dans ce haut palais, leurs mousselines lamées d’or, leurs pierreries, leurs belles gorges dévoilées. Et le plus grand de ces dômes est le Taje, l’incomparable Taje, où la grande sultane Montaz-i-Mahal dort depuis deux cent soixante-dix ans.

Tout le monde a vu le Taje, tout le monde a décrit le Taje, qui est l’une des merveilles classiques de la terre.

Et des miniatures, des émaux nous ont conservé les traits, sous le turban doré et l’aigrette étincelante, de cette