Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 13.djvu/576

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voyage a duré quatre longs mois ; hommes et bêtes sont épuisés : les chameaux sont à bout de forces ; leurs bosses, où la nature leur permet d’emmagasiner une réserve de vivres, sont presque fondues ; beaucoup ont péri et leurs carcasses blanchies jalonnent les routes du désert. Cette voie n’a été parcourue, en ces dernières années, que par une seule mission européenne, celle du capitaine Monteil, au retour de sa mémorable traversée du Soudan ; elle conduit de Tripoli au Tchad et à tous les pays qui l’entourent, le Kanem, le Ouadaï, le Bornou, et, jusqu’au-delà du puits de Mechrou, elle est nominalement sous l’autorité des Turcs.

De Tripoli, une autre route s’enfonce dans les profondeurs du Sahara. 520 kilomètres, que l’on franchit en quinze ou vingt étapes, et l’on est à Rhadamès, l’antique Cydamus, vieille ville liby-phénicienne, presque aussi célèbre dans l’histoire et dans les légendes du désert qu’In-Salah et Tombouctou. Rhadamès, c’est, comme Mourzouk, une oasis où se croisent, à égale distance de Tripoli et de Gabès, plusieurs routes du désert. La ville doit son existence à une belle source qui jaillit à la limite de l’Erg et des plateaux pierreux, dans un étranglement où la Hamada-el-Homrâ s’enfonce et se prolonge, vers l’Ouest, comme un isthme, entre deux mers de sable. C’est le chemin d’In-Salah et du Touât, la voie qui coupe le désert dans le sens de sa plus grande longueur, d’Est en Ouest, et qui conduit, de Tripoli, du Fezzan et même d’Egypte, vers le Tidikelt et, de là, vers le Maroc au Nord et vers Tombouctou et le Sénégal au Sud. Entre Rhadamès et Tombouctou, les relations, par In-Salah, sont relativement fréquentes, ou du moins l’étaient avant la conquête du Tidikelt et du Touât par les Français ; à Tombouctou, les gens de Rhadamès occupent tout un quartier ; à Kano, dans le Bornou, ils possédaient aussi, avant le passage dévastateur de Rabah, les plus belles maisons. Les Touareg sont les maîtres du commerce et les propriétaires des jardins ; ils sont les vrais seigneurs de Rhadamès, et, s’ils acceptent une garnison turque, c’est pour qu’elle les protège contre une attaque des Français ; des noirs, qui cultivent l’oasis, vivent, dans une sorte de servage, sous l’autorité de l’aristocratie targui. Rhadamès est peut-être le centre commercial le plus important et la ville la plus influente de tout le Sahara central, surtout depuis qu’In-Salah, qui, à 800 kilomètres plus à l’Ouest, fait, pour ainsi dire, pendant à la vieille cité phénicienne, est tombée aux mains des chrétiens.