Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/488

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


I

Au lendemain de la journée d’Oudenarde, les deux armées française et anglo-hollandaise se trouvaient dans une situation singulière. Retranchée derrière le canal qui va de Gand à Bruges, dans une position par elle-même assez forte, » l’abri de toute attaque, l’armée française, dont le quartier général était établi au camp de Lovendeghern, se trouvait cependant coupée de sa base d’opérations, et avait à des la Hollande, c’est-à-dire un pays ennemi. L’armée anglo-hollandaise, campée autour d’Oudenarde, avait, au contraire, à dos la France, et une offensive vigoureuse, en la rejetant sur les places fortes qui défendaient la frontière, Ypres, Lille, Tournay, l’auraient mise dans une situation périlleuse. Ce qui rendait plus singulière encore la position respective des deux armées, c’est que ni le Duc de Bourgogne et Vendôme d’une part, ni Marlborough et le prince Eugène de l’autre, n’avaient sous la main toutes les forces dont, à un moment donné, ils pouvaient disposer. Ainsi que nous l’avons raconté, le prince Eugène, appelé par Marlborough, avait, à marches forcées, ramené son armée des bords de la Moselle jusqu’à Bruxelles, suivi parallèlement par Berwick, qui, voyant son adversaire se dérober, s’était attaché à surveiller sa marche, et avait, de son côté, ramené jusqu’à Tournay le corps qu’il commandait. Mais si le prince Eugène avait de sa personne rejoint Marlborough, et s’il n’avait pas peu contribué, par ses conseils et son action personnelle, à la victoire d’Oudenarde, il avait laissé à Bruxelles les troupes commandées par lui. Il en résultait que les armées du Duc de Bourgogne, de Marlborough, du prince Eugène, et de Berwick occupaient en quelque sorte les quatre coins d’un échiquier. L’avantage devait incontestablement appartenir au chef qui, le premier, rassemblerait toutes ses forces et prendrait une offensive hardie.

Au quartier général français, ni le Duc de Bourgogne ni Vendôme ne paraissent avoir eu le sentiment de cette situation. Vendôme, après avoir donné quelques jours à la mauvaise humeur et aux récriminations, s’endormait, comme c’était sa coutume, dans une sécurité trompeuse. Il s’obstinait dans l’idée que les ennemis ne tenteraient « rien de considérable ; » qu’il n’y avait autre chose à craindre de leur part qu’une attaque dirigée