Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/497

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que j’ose dire que l’on y a pour moi, mais encore plus par les assurances que cela leur donne de l’attention et de la bonté de Vostre Majesté pour toute la ville, en leur envoyant un homme de rang et de caractère pour contribuer par son zèle, ses soins et ses ordres à leur conservation [1]. »

Boufflers s’occupait activement de mettre la ville en état de défense, et comme la pauvreté du Trésor le laissait aux prises avec des embarras d’argent, il était heureux de recevoir de Samuel Bernard, le grand financier, non pas Israélite, comme on le croit généralement, mais protestant, un billet de quelques lignes où celui-ci lui offrait tout l’argent nécessaire et qu’il terminait par ces mots : « Vous pouvez en disposer quand il vous plaira [2]. »

L’arrivée de Boufflers à Lille, qui fit grand bruit en Europe, et les avis presque quotidiens que Berwick, attentif à surveiller les mouvemens de Marlborough et d’Eugène, leur faisait, parvenir, ne suffisaient pas à ouvrir les yeux de Vendôme et du Duc de Bourgogne. Il semble que les incessantes et pressantes dépêches de Louis XIV auraient dû y parvenir. Le vieux Roi n’y épargnait pas ses efforts. Il s’adressait à tous les deux le même jour : « Je vous ay mandé, écrivait-il au Duc de Bourgogne, que j’estois déterminé à secourir Lille ou Tournay en cas de siège. La diligence des ennemis est extrême, et ils feront au-delà de ce qu’ils ont espéré s’ils ne trouvent rien qui les arreste ou qui les en empesche. » Et à Vendôme : « La grosse artillerie qu’ils ont tirée de Maëstricht doit être présentement à Bruxelles. Il seroit très avantageux de pouvoir tomber les plus forts sur les troupes qui l’escortent, et on ne peut prendre des mesures trop justes pour cela [3]. » Mais rien ne parvenait à ébranler l’orgueilleuse sécurité de Vendôme, ni à tirer le Duc de Bourgogne

  1. Dépôt de la Guerre, 2 081. Boufflers au Roi, 28 juillet 1708. Cette dépêche a été publiée dans l’excellent ouvrage de M. le lieutenant Sautai intitulé : le Siège de la ville et de la citadelle de Lille, auquel nous aurons souvent occasion de nous reporter.
  2. Le banquier que Louis XIV promenait au mois de mai précédent dans les jardins de Marly ne se trompait pas en ouvrant ainsi un crédit illimité et sur parole au maréchal. Vers la fin du siège, le Trésor n’ayant pu faire honneur aux engagemens pris par Boufflers, sur sa signature, celui-ci donna ordre à la Maréchale de vendre ses pierreries, sa vaisselle d’argent, ses meubles et d’engager ses biens et son brevet de retenue pour dégager sa parole. Samuel Bernard refusa.
  3. Dépôt de la Guerre, 2 081. Le Roi au Duc de Bourgogne et à Vendôme, 30 juillet 1708.