Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 14.djvu/519

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La situation s’était donc aggravée. Le soir même de son arrivée, Chamillart avait commencé d’employer ses bons offices. Allant de l’un à l’autre, il avait fini par déterminer Vendôme et Berwick, qui ne voulaient plus se parler ni même se voir, à tenir conseil dans la nuit avec le Duc de Bourgogne et le Duc de Berry. Le résultat de celte délibération fut de déterminer un mouvement en avant. La Marck fut franchie et, le 10, Chamillart pouvait écrire à Boufflers qu’on marchait au secours de Lille. Le 11, les deux armées se trouvaient si rapprochées qu’à peine y avait-il entre elles une distance suffisante pour placer de part et d’autre les grand’gardes. De grand matin, le Duc de Bourgogne, Vendôme, Berwick et Chamillart furent reconnaître la position des ennemis. Ils les approchèrent d’assez près pour qu’un des officiers de l’escorte eût un cheval tué sous lui par un boulet. Suivant Bellerive, qui est systématiquement injuste et injurieux pour Chamillart, celui-ci aurait fait preuve de peu de bravoure dans celle circonstance. Il aurait été hué par les officiers et les soldats, et, comme il regardait les travaux des ennemis avec une lunette d’approche, il se serait attiré de Vendôme ce propos sarcastique : « Qu’il avoit beau observer et mirer, il n’en étoit pas de l’état présent de cette armée comme d’une bille de billard [1]. » Mais ce que Bellerive ne dit pas expressément, c’est qu’à tous, il parut impossible d’enlever de vive force les positions d’un ennemi qui s’était retranché fortement, dont la droite et la gauche étaient couvertes par des marais, et le centre, Bellerive en convient lui-même, couvert « par quantité d’arbres et de fascines enchaînés et enlacés les uns dans les autres. » Personne n’osa conseiller l’attaque, pas même Vendôme, quoi qu’en put dire plus tard sa cabale. Deux jours encore, il s’obstina. Supérieur en artillerie, il essaya d’une canonnade sous le feu de laquelle il espérait écraser les ennemis et les déterminer à évacuer la plus forte des positions occupées par eux, ce qui aurait permis une attaque de flanc. Il n’en fut rien ; la canonnade causa aux ennemis, qui tinrent bon et ripostèrent, beaucoup moins de dommage que n’avait imaginé Vendôme. Il n’y avait plus qu’un parti à prendre, renoncera la marche sur Lille, et, le 12, Chamillart écrivait à Bouffi ers : « Je suis obligé de vous dire, en bon et fidèle sujet, que s’il y a d’autres moyens de sauver Lille sans se

  1. Saint-Simon. Édition Boislisle, t. XVI. p. 589.