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les escadres russes dans la Mer-Noire. Lors de la discussion au Reischtag sur la création du canal Wilhelm, M. De Bismarck appelait la Baltique « un trou. » Sur les bords de ce « trou, » les arsenaux militaires n’étaient pas faciles à établir. Kiel restait hors de cause. Stettin et Stralsund, sans cesse prises et reprises, appartenaient plus souvent aux Suédois qu’aux Allemands. Puis, comment exercer une action en Europe, trafiquer avec les nations de l’Occident, voire avec l’Amérique, l’Afrique et l’Asie, quand on est enfermé dans un golfe septentrional dont on ne peut sortir sans la permission d’un rival jaloux, bien armé et toujours prêt à la lutte ? C’était vers la mer du Nord qu’il fallait chercher une issue et ouvrir une porte. Là, malheureusement le littoral, resserré entre la Hollande et l’enracinement de la presqu’île danoise, n’a qu’une largeur très faible et n’offre aux navires aucun abri, sauf à l’embouchure de l’Ems, où s’élevait la ville libre d’Emden. On ne pouvait pas songer alors à construire, comme on l’a fait plus tard, un port artificiel sur les territoires appartenant au duc d’Oldenbourg ; on ne disposait pas du formidable outillage que l’industrie moderne a mis aux mains de nos ingénieurs. Les moyens matériels manquaient. La Prusse trouvait tous les chemins de l’Océan barrés devant elle. Il semblait qu’elle fût pour toujours condamnée à la vie continentale.

Le climat ajoutait son hostilité aux obstacles que présentait la géographie. Dès le commencement de l’hiver, tous les ports, envahis par la glace, devenaient impraticables. Les villes hanséatiques elles-mêmes, Lubeck, Brome, Hambourg, se voyaient obligées de suspendre leur commerce. Les magasins se fermaient ; les armateurs et leurs employés prenaient des vacances. Le moment n’était pas venu, où des navires spéciaux allaient ouvrir une route à la navigation à travers les estuaires solidifiés. Puis, ces ports allemands, soit de négoce, soit de guerre, tous situés au fond de golfes profonds ou d’immenses haffes, ou bien encore au bord des fleuves, étaient, à proprement parler, des ports défectueux et d’accès très difficile. Il fallait le règne de la vapeur pour leur donner une valeur stratégique et une supériorité militaire incontestables. Au temps de la marine à voiles, les ports n’étaient commodes et sûrs que lorsqu’ils étaient placés à fleur de rivage, au bord même de l’Océan. La moindre brise, le moindre souffle d’air en permettaient l’entrée et en