Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 15.djvu/16

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on l’a tant dit. Il ne se passait pas de jour qu’il n’écrivît un mémoire dans lequel il examinait toutes les opérations possibles du côté de l’ennemi et la meilleure manière d’y parer. Il le communiquait à ses officiers en leur demandant leur opinion et discutait avec eux. Quand il parla, vers la fin de mai, de séparer l’armée en deux masses, placées l’une dans la Haute-Silésie (2e armée), l’autre le long de la frontière saxonne et au nord de la Bohême (1re armée de l’Elbe), séparées l’une de l’autre par la Saxe, par l’Elbe, par de nombreux affluens de l’Oder, et plusieurs jours de distance, il rencontra une très vive opposition. On lui représenta qu’il n’était pas sage, en se divisant, de s’exposer à être le plus faible partout ; qu’il fallait entrer en Bohême, compacts, en lignes de masses, coude à coude. On avait le choix entre deux routes : celles de Silésie et la Neisse, et celle par la Lusace et Gœrlitz. La première était la plus courte : elle avait l’inconvénient de compromettre les communications avec Berlin, d’offrir des difficultés à cause des défilés à traverser et de l’importance de la place d’Olmütz à laquelle elle aboutissait. La seconde paraissait donc préférable : elle était plus longue, mais plus sûre, et protégeait Berlin.

L’opinion d’un grand nombre d’officiers, notamment du général Alvensleben, aide de camp de confiance du roi, était que le mieux serait de se concentrer de manière à descendre, dès les hostilités ouvertes, en Bohême par Gœrlitz et de continuer ensuite sur Vienne. Moltke s’obstina. Il excipait de la difficulté de nourrir longtemps une aussi grosse armée autour de Gœrlitz. Raison insuffisante, car il n’était pas impossible de l’espacer jusqu’à l’ouverture des hostilités, de façon à la réunir très vite défi qu’elles commenceraient. Il soutenait aussi que, par-là, les routes étant moins nombreuses, on arriverait beaucoup plus tard. Pas assez tard certainement pour ne pas atteindre l’Iser avant Benedek. Il est évident qu’à ce premier essai de ses forces, Moltke n’était pas alors en possession de la netteté résolue d’esprit qu’il va bientôt acquérir. En se tenant ainsi un pied en avant de Breslau, l’autre en avant de Berlin, il sacrifiait à cette routine d’occuper un pays pour le défendre, tandis que la véritable manière de le couvrir est d’aller à l’armée ennemie, où qu’elle soit, et de la battre. Enfin, Moltke mêlait à ses qualités supérieures une confiance présomptueuse contre laquelle il s’est trouvé heureux maintes fois d’être mis en garde par Bismarck, qui, aussi