Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 15.djvu/89

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Son dessein avoué était de montrer, dans la Bible et les Evangiles, non, comme on l’avait fait jusqu’alors, un recueil de vérités abstraites et d’enseignemens dogmatiques, mais un document historique semblable aux autres, qu’il convenait de rétablir dans le cadre de l’époque. Ajoutons que, quelques années auparavant, les polémiques soulevées par l’affaire Gorham [1]lui avaient fourni l’occasion de mettre en lumière une autre face des opinions Broad church ; loin d’être choqué ou embarrassé de la suprématie de la Couronne, il la saluait, avec son maître Arnold, comme une « rare bénédiction de Dieu ; » la juridiction spirituelle des cours laïques lui paraissait une précieuse et nécessaire garantie contre l’intolérance cléricale et le fanatisme théologique.

Au service des idées qu’il voulait propager, Stanley déployait des qualités d’écrivain et d’orateur qui, pour n’être pas comparables à celles de Newman, ne manquaient ni de distinction ni de charme. A défaut d’une érudition personnelle très profonde et très originale, il avait un esprit ouvert et curieux, une rare faculté d’assimilation, un art de vulgarisation ingénieuse, animée, brillante, une aptitude à évêquer le passé avec sa couleur et sa physionomie propres, ce que Disraeli appela un jour son don de « sensibilité pittoresque. » Notez en outre l’agrément exceptionnel de son commerce et de sa conversation ; ceux qui l’ont alors approché ont gardé un souvenir ineffaçable de ses réceptions du dimanche soir, des déjeuners auxquels il conviait ses élèves, des longues promenades pendant lesquelles il les entretenait avec tant d’abandon et de bonne grâce. Aux conseils, il ajoutait, quand il était besoin, les libéralités. La distinction de sa personne, sa naissance, sa fortune, ne nuisaient pas à son prestige.

Si le renom de Stanley grandissait à Oxford et au dehors, ce n’était pas sans éveiller, chez les défenseurs des idées traditionnelles, bien des inquiétudes et des suspicions. Longtemps ces suspicions avaient empêché le gouvernement de lui donner une chaire universitaire. Stanley s’en rendait compte et parlait

  1. Le rév. Gorham s’était vu refuser l’institution par son évêque, parce qu’il avait soutenu des doctrines jugées hétérodoxes sur le baptême. Le Conseil privé de la Reine, juge en appel, avait donné raison à Gorham contre son évêque. L’émotion avait été grande dans le monde religieux, et c’est à la suite de cet incident que Manning s’était converti au catholicisme.