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ont passé de notre temps. Quelque brèche que la critique lui parût faire dans les vieilles croyances, il n’en était pas troublé. Que lui importait, puisque les questions de doctrine ne tenaient pas à l’essence du christianisme ! Vainement ne se sentait-il plus de conviction ferme sur tel ou tel dogme, il n’avait pas un moment l’idée qu’il cessât pour cela d’appartenir à l’Église d’Angleterre et qu’il dût renoncer à être l’un des dignitaires de son clergé. Jeune encore, lors de son ordination, il avait eu scrupule de souscrire les XXXIX Articles, surtout celui qui impliquait adhésion au symbole de saint Athanase, et il avait cru devoir annoncer à l’archidiacre qu’il n’acceptait pas toutes les clauses de ce symbole. L’archidiacre lui avait fait comprendre, non sans quelque impatience, qu’il n’était pas besoin de pousser les choses si à fond et de les prendre tant au sérieux. Stanley en était sorti convaincu que, de l’aveu même de ses supérieurs, il n’y avait là que des formalités verbales dont la conscience ne devait pas s’inquiéter [1]. Rassuré pour son compte, il s’appliqua, toute sa vie, à rassurer ceux des clergymen qui voyaient s’écrouler telle ou telle partie de leur foi dogmatique. Il leur rappelait que ceux qui, en pareil cas, avaient cru devoir résigner leurs fonctions ecclésiastiques s’en étaient repentis, tandis que ceux qui s’étaient laissé persuader par lui de les garder s’en étaient bien trouvés. « Moi-même, ajoutait-il, bien qu’au jugement de beaucoup d’excellentes gens et peut-être de la majorité de ceux de ma profession, je me sois grandement écarté des idées courantes sur la théologie et sur la religion, je n’ai trouvé aucune difficulté pratique à maintenir ce qui, dans mon humble opinion, est une position à la fois honorable et tenable [2]. »

Stanley ne se bornait pas à propager dans Oxford des doctrines nouvelles ; en même temps, il travaillait à en modifier gravement les institutions. Depuis plusieurs années déjà, une agitation était dirigée contre l’organisation aristocratique et cléricale de l’Université. On regrettait que la prédominance de la vie collégiale eût annulé l’Université elle-même, et qu’il en fût résulté d’abord l’exclusion des jeunes gens de fortune modeste, ensuite un abaissement du niveau des cours. On reprochait à l’enseignement d’être trop uniquement classique et théologique, et de ne pas faire une part suffisante aux sciences modernes. On se

  1. Life of Stanley, t. I, p. 225 et suivantes.
  2. Ibid., t. II, p. 479.