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la théologie anglicane. Pusey, appelé alors à prêcher une série de sermons devant l’Université, se donna pour tâche de réfuter les doctrines de cet essai.

A cette même époque, lord Palmerston, à qui il ne déplaisait pas d’effaroucher le monde clérical, nomma Jowett regius professor de grec à Oxford. L’émotion fut vive dans l’Université, aussi bien chez les evangelicals que chez les Puseyites, d’autant que le professeur de grec, appelé à surveiller l’étude du texte des livres saints, était à ce titre membre du comité théologique Un evangelical très remuant, qui avait été le meneur de la campagne contre le tract 90, mais qui n’abhorrait pas moins le germanisme que le newmanisme, Golightly, se concerta avec quelques amis pour dénoncer Jowett au vice-chancelier de l’Université, comme ayant dénié la foi catholique. Le vice-chancelier cita devant lui Jowett et le mit tout d’abord en demeure de souscrire à nouveau les XXXIX Articles. Les accusateurs pensaient ainsi l’embarrasser, ces Articles contenant des propositions que le nouveau professeur passait, non sans raison, pour ne pas admettre. Jowett fut fort irrité du procédé, mais il était décidé à ne pas prendre au sérieux ces souscriptions. Comme le vice-chancelier commençait par lui adresser une sorte de sermon, il l’interrompit, lui déclarant qu’il était venu pour signer, et aussitôt il signa. « Il m’a semblé, écrivait-il à Stanley, que je ne pouvais faire autrement, sans abandonner ma position de clergyman. » Il devait persister jusqu’à la fin dans cette façon de voir, sans jamais paraître en éprouver la moindre gêne. Il conseillait à ses disciples d’éviter tout éclat qui pût les amener à sortir de l’Eglise ; il leur recommandait la prudence et même au besoin un peu de dissimulation. Il n’aimait pas d’ailleurs qu’on rompît ouvertement avec la religion, estimant qu’on pouvait rendre celle-ci suffisamment large pour y donner place à tous les doutes et même à toutes les négations.

Quel était au juste l’état des croyances de Jowett à cette époque ? Rien n’était plus inconsistant, plus mobile. « Son esprit, a écrit un de ses disciples, semblait souvent être dans un état de llux. Quelques-unes de ses opinions variaient non seulement de décade en décade ou d’année en année, mais d’une conversation à l’autre [1]. » Il se disait chrétien et membre de l’Église

  1. B. Jowett, par Tollemache, p. 79.