Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 16.djvu/56

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René II de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson, ancien ambassadeur de France à Venise, maître des requêtes, était un homme grave, et mérite tout crédit. C’est à l’archevêque de Paris, Louis-Antoine de Noailles, qu’il adresse, en 1696, cette relation ; et il n’y a pas de motif de douter que, comme il l’assure, il n’y reproduise les « registres » officiels d’une Compagnie dont, membre et dignitaire, il avait « connu tout le fonds, » et dont il voudrait que le nouveau chef du diocèse de Paris prît en main le rétablissement. D’ailleurs, d’autres documens émanant de la même Compagnie, découverts, çà et là, au siècle dernier, en province [1], et restés inaperçus, concordent, dans leurs renseignemens partiels, avec la narration générale de Voyer d’Argenson et se trouvent avoir confirmé par avance les faits, — si étranges, — qu’elle nous révèle.

D’abord, la naissance, au beau milieu du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIII et le gouvernement de Richelieu, d’une société catholique secrète. — Puis, en pleine monarchie absolue, sa durée pendant trente-neuf ans, sa diffusion par toute la France, en comptant parmi ses adhérens plusieurs des personnages religieux et politiques les plus en vue, le Père de Condren et saint Vincent de Paul, le duc de Ventadour et le maréchal de Schomberg, M. Olier et Bossuet, le prince de Conti et le premier président de Lamoignon. — Enfin et surtout, la part que cette association, privée, secrète et illégale, paraît avoir prise, de 1631 à 1660, aux plus grandes affaires de l’Eglise de France, à certains actes du gouvernement, à la vie de la société française.

Mais ce qui n’est pas moins singulier, c’est l’oubli, presque complet [2], où restèrent pendant plus de deux siècles l’existence

  1. Le Registre de la Compagnie du Saint-Sacrement de Limoges avait été publié par M. Alcide Leroux, archiviste de la Haute-Vienne (Bulletin archéologique du Limousin, t. XXXIII et t. XLV, et Archives historiques de la Marche et du Limousin, t. I). — Le Registre de la Compagnie de Grenoble avait été utilisé par M. P. Prudhomme, archiviste de l’Isère (Hist. De Grenoble). — D. Beauchet-Filleau joint à la reproduction du manuscrit d’Argenson les statuts de la Compagnie du Saint-Sacrement de Poitiers et les « Règlemens pour la petite Société du Saint-Sacrement aux petites villes et à la campagne », et il fait espérer la publication prochaine des Compagnies de Limoges, Grenoble et Marseille. Nul doute que les chercheurs avertis n’ajoutent de nouveaux documens à l’enquête ainsi commencée.
  2. Quelques histoires, imprimées du reste, et connues, en faisaient mention : par exemple, l’Histoire générale du Jansénisme (1700), par dom Gabriel Gerberon, t. II, p. 447 sqq. ; les Mémoires du P. Rapin, publiées en 1865 par M. Aubineau, t. II ; la Vie de M. Olier, par Faillon, t. I, p. 153 ; mais, sauf le P. Rapin, — dont Sainte-Beuve a trop discrédité le témoignage, — aucun de ces auteurs ne donnait une idée exacte (faute, sans doute, de l’avoir eue lui-même) de l’importance de la Compagnie.