Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 16.djvu/79

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renouvelle, elle assume bravement la tâche dont il est encore incapable, et elle ne met aucun scrupule à le suppléer dans toutes les parties de cette tâche.

D’abord elle fait elle-même parmi le peuple catholique cette police que les curés n’ont pas l’autorité d’assurer. Elle appelle les rigueurs des magistrats sur l’observation des fêtes (1634) et de l’abstinence (1636) ; elle suggère au Parlement des règlemens sur la vente des viandes aux jours défendus. Elle combat (1639) les profanations sacrilèges qui s’exhibent en public : par exemple, ces « marionnettes spirituelles » que montrent les bateleurs, ou ces « représentations grotesques » dont certaines confréries de campagne ont gardé l’habitude, vestige, apparemment, des Mystères et des Miracles du moyen âge.

Elle surveille les irrégularités de vie, ou de tenue, de ce clergé dont elle se défie. On lui dénonce les prêtres qui, à Notre-Dame de Paris, célèbrent la messe « avec indécence » (1638 et 1649) ou qui disent, chaque jour, « plusieurs messes. » Elle fait faire « un examen fort exact de tous les ecclésiastiques qui étaient alors (1638) à Paris, » et, par ses soins, sont exclus du ministère « tous ceux qui se trouvent scandaleux, » sont enfermés à Saint-Lazare et entretenus à ses frais les prêtres « vagabonds et mendians, qui parfois « s’habillaient en ermites afin de demander l’aumône plus utilement sous ces habits empruntés. » Quant aux curés qui ne résident point, ils sont sans doute innombrables alors. Il faut à tout prix faire extirper par la justice séculière cet abus, faire punir, par le bras séculier, les délinquans, et, pour y réussir, la Compagnie va jusqu’à risquer son incognito dans des procès retentissans : — en 1647, à Rouen, elle « procure un célèbre arrêt contre la non-résidence des chanoines dans les cures dont ils étaient titulaires. » Quinze ans après, pour parer à cette désertion des pasteurs, fréquente encore, elle reprend l’idée, qu’elle avait eue déjà, « de former des vicaires ambulans » qu’on déléguerait « dans les paroisses abandonnées, » ou même seulement « négligées. »

Elle tient la main à cette régularité du culte extérieur dont beaucoup de prêtres ne comprennent pas encore le prix. Le groupe de Paris inspecte constamment les églises des environs, leur mobilier, leurs cérémonies. Attentive au plus petit détail, la Compagnie fait suspendre et allumer des lampes devant le sanctuaire. Elle chasse (1634) les marchands de légumes qui