Page:Revue des Deux Mondes - 1903 - tome 16.djvu/81

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encore, elle décide les congrégations d’hommes de Paris à porter des secours spirituels dans les hôpitaux et les prisons. Talonnés par elle, « les Minimes s’engagèrent d’aller à l’Hôtel-Dieu le lundi, les Jésuites le mardi ; les Pères de la Doctrine chrétienne, les Carmes, les Jacobins, les Feuillans, les Oratoriens promirent les autres jours de la semaine. » Mais la plupart de ces religieux n’avaient pas le feu sacré des messieurs de la Compagnie. « La plupart » ne tardèrent pas à renoncer à ce supplément de labeur. Et alors, ce furent les ecclésiastiques du Saint-Sacrement (ils avaient d’ailleurs déjà commencé depuis au moins deux ans) qui, encore que peu nombreux, se partagèrent le travail en souffrance.

A la confession des particuliers, la Compagnie n’eût pas mieux demandé, évidemment, que de « contribuer » aussi en fournissant son propre personnel. Mais, là, les difficultés étaient grandes. Comment faire confesser les gens négligens ou tièdes ? Comment savoir les malades en danger ? Cette question, la Compagnie mit à essayer de la résoudre une ténacité que ne gênait guère le respect de la liberté de conscience. Tantôt, — et d’abord, et surtout, — c’est aux médecins qu’elle fait appel. Son idéal eût été qu’en prenant le bonnet de docteur, ils prêtassent le serment de faire confesser très promptement tous leurs malades. Au moins espérait-elle qu’on les en pourrait persuader, et, sept ou huit fois, d’après le récit de Voyer d’Argenson [1], elle tâche d’obtenir d’eux que, dès la première visite, ils convient leurs malades à se confesser, et qu’après une ou deux visites, si le malade ne s’est pas confessé, « ils n’y retournent plus. » Mais, « pour cela, dit D’Argenson, il faudrait des médecins remplis de piété, et qui renoncent à leurs intérêts. » Désabusée sur eux et impuissante, la Compagnie se tourne vers les curés, les requiert, en 1662, « d’envoyer visiter les malades de leurs paroisses, dès qu’ils sauraient que les médecins y avaient été plus d’une fois. » Et, en 1665, voulant obliger cette fois « les malades eux-mêmes d’envoyer quérir les confesseurs quand les médecins les auraient visités deux fois, » c’est l’archevêque qu’elle fait inviter à rédiger un mandement exprès.

Car elle ne craint nullement de harceler les chefs des diocèses. Sa dévotion lui inspire des pratiques qu’elle veut généraliser,

  1. D’Argenson, aux années 1651, 1652, 1657, 1660, 1662, etc.